SOCIETE

La réforme territoriale a du plomb dans l’aile

Après avoir repoussé la suppression de la compétence générale pour les départements et les régions, le Sénat rejette le mode de scrutin des conseillers territoriaux.

Et de deux. Sur la base d’un amendement des centristes, le Sénat rétablissait, mardi après-midi, la compétence générale pour les départements et les régions (voir l’Humanité d’hier). Plus tard dans la soirée, les sénateurs repoussaient le mode d’élection des futurs conseillers territoriaux dont le projet prévoit qu’ils remplacent les conseillers régionaux et généraux et siégent dans les deux assemblées.

Une double claque pour le gouvernement que de voir remis en cause deux des dispositifs clés de son projet. Le débat s’est d’abord focalisé, à partir d’amendements des élus de gauche, sur l’existence même de ces conseillers territoriaux et leur constitutionnalité. En effet, chaque niveau de collectivité devant avoir sa propre autonomie et donc ne pas être sous tutelle l’une par rapport à l’autre, la création des conseillers territoriaux élus en même temps dans les deux assemblées crée pour le moins une confusion. Si la droite a réussi à repousser ces amendements, il n’en a pas été de même sur le mode d’élection de ces conseillers territoriaux. Le scrutin uninominal à deux tours avec un seuil à 12,5 % pour se maintenir au second tour a été retoqué par une alliance de circonstance entre la gauche et les centristes. Il faut dire qu’avec ce système, non seulement nous sommes aux antipodes du scrutin de liste départementale à la proportionnelle qui présidait jusqu’à maintenant aux élections régionales, mais loin aussi du mode initialement prévu par le gouvernement qui comprenait 20 % de proportionnelle. Ce qui a fait dire à Hervé Maurey, sénateur centriste : « Il y a eu rupture de confiance et nous avons été roulés dans la farine. » Cela explique leur vote. Ainsi, la réforme des collectivités territoriales qui devrait être soumise au vote des sénateurs, mercredi dans la soirée, avant de revenir à l’Assemblée nationale en septembre, sera amputée de deux dispositifs essentiels. Cela témoigne des difficultés persistantes de la majorité présidentielle à faire passer auprès des élus locaux un projet de loi qui remet en cause la décentralisation, les services publics de proximité et la démocratie locale. À suivre.

 

Les propos de Xavier Darcos sur les quartiers populaires sont indignes et obscènes


Réagissant aux chiffres, particulièrement alarmants, présentés dans le rapport 2009 de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles, Xavier Darcos, ministre du Travail et candidat UMP dans la région Aquitaine, déclare : « il faudrait cesser de parler de quartiers ghetto, il faudrait parler de sas ».

Quand la situation des quartiers populaires présente une telle explosion du chômage des jeunes ( 41% pour les garçons de 15 à 24 ans) ; quand la pauvreté gagne autant de terrain avec un habitant sur trois et un mineur sur deux vivant sous le seuil de pauvreté, quand les populations de ces quartiers ont trois fois plus recours à la couverture maladie universelle qu’ailleurs ; alors un seul mot vient aux lèvres face à la morgue du ministre Darcos : « indigne » . De tels propos constituent tout simplement une provocation pour les habitants des quartiers populaires. Elle est inutile. Elle est aussi dangereuse. On savait la droite « décomplexée », agressive et très déterminée. Avec Xavier Darcos, mais il n’est pas le seul à briller dans ce domaine au cours des dernières semaines, elle fait plus que fleurter avec l’obscénité. Elle y baigne.

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Le militantisme, un « dégradé 
de situations »

Après celui sur les questions de développement, lancé le 20 octobre avec le philosophe Jean-Louis Sagot-Duvauroux, Espaces Marx inaugurait, jeudi dernier, un autre séminaire, cette fois consacré aux évolutions du militantisme à gauche. Intitulé « Mouvement social, résistances, engagement, transformation sociale, politique  : quoi de neuf  ? », il devrait donner lieu à des rencontres régulières tout au long de l’année prochaine, autour de chercheurs, mais aussi de personnalités travaillant ces thématiques au sein des organisations (partis, syndicats, associations…) engagées dans le mouvement social. Invité de cette première séance, introduite par Louis Weber, l’animateur du séminaire, le sociologue Lilian Mathieu, a dressé un état des lieux des travaux de recherche sur le militantisme.

Dans un contexte où les enquêtes sur les « nouveaux militants » se banalisent dans la presse, le chercheur s’est attaché à replacer dans une perspective historique la question des formes d’engagement, tout en prenant soin de distinguer les temporalités respectives des mouvements sociaux et des recherches effectuées sur ceux-ci. Il a ainsi pu mettre en lumière l’impasse théorique et le caractère finalement très idéologique de la sociologie d’Alain Touraine, un temps dominante. Au milieu des années quatre-vingt-dix, elle s’empressait de postuler l’entrée dans un « nouvel âge de la contestation », à partir, notamment, de l’observation des mouvements se développant sur le front des discriminations sexuelles ou de l’environnement. Qualifiées de « post-matérialistes », ces luttes sont alors opposées à celles d’un mouvement ouvrier qui se trouve, du même coup, ringardisé. Loin de se résumer à un pur enjeu matériel, la « revendication d’une hausse de salaire est pourtant, elle aussi, un enjeu de reconnaissance, de dignité humaine », a fait remarquer Lilian Mathieu. Et par ailleurs, toutes les protestations concrètes, qu’elles que soient les revendications avancées, sont conditionnées matériellement. Ici, le sociologue a évoqué l’apport de chercheurs en sciences politiques, tel Michel Dobry, inspirés par des courants américains des années soixante-dix appréhendant les mouvements sociaux en termes de « mobilisations de ressources ».

Cette approche permet de rendre compte de la diversité des formes d’action et de l’apparition, pour certains mouvements comme celui des sans-papiers, de « soutiens extérieurs », militants moins vulnérables et souvent dotés d’une solide expérience protestataire, acquise dans les sphères politiques ou syndicales. Au final, les évolutions du militantisme semblent bien devoir être abordées en termes de transferts. Corrélativement, Lilian Mathieu a invité à repenser la distinction, formulée par le sociologue Jacques Ion, entre un militantisme « timbre-poste », intégral, et un militantisme « Post-it », plus distancié à l’égard des organisations traditionnelles. Loin de correspondre à des stades historiques définis, ces deux types de militantisme coexistent sous la forme d’un « dégradé de situations », selon l’expression de Lilian Mathieu, où les luttes du monde du travail conservent toute leur place. Espaces Marx publiera prochainement sur son site (1) un compte rendu exhaustif des échanges de la soirée ainsi que l’intervention complète du conférencier, en attendant le prochain rendez-vous, prévu début janvier.

Le PS veut se refonder, mais sur quelles bases ?

Parti socialiste . Dans une ambiance morose, le Conseil national lance un chantier diversifié de six mois pour tenter de conjurer un destin chargé de mauvais augure.

Le PS a pris la mesure. On ne sait pas encore précisément de quoi. Sur le curseur des positionnements réagissant à la déroute de dimanche dernier, deux postures. L’une, de Pierre Mauroy qui minimise sur l’air du « on a déjà connu des moments pareils, il suffit que les militants se remettent à y croire ». L’autre, celle de Gérard Collomb, désormais en lice pour le leadership de tenants de l’adaptation prétendue moderniste au système, sur le mode « il faut en finir avec l’anticapitalisme incantatoire ».

Entre les deux, toutes sensibilités confondues, une grande inquiétude quasi unanimement portée, lors du Conseil national de mardi soir tenu en total huis clos, qu’éclaire cette confidence d’un dirigeant : « Jusqu’à présent, je croyais que les partis ne pouvaient pas vraiment mourir. » Martine Aubry étant au poste d’un commandement d’autant moins incontesté - à l’exception de Malek Boutih, figé dans une amertume atrabilaire - qu’il ne se trouve personne pour prendre volontiers les rênes d’un parti en passe de devenir, sinon virtuel du moins ossifié, ou cacochyme, si ce n’est son nombre d’élus locaux qui le condamnent à se survivre en l’état. Sur le constat, les mêmes mots, mais pas d’identique conscience de la profondeur de la crise. Beaucoup pensent aux régionales. Et si les uns et les autres plaident en faveur de nouvelles alliances entre PS, PCF et Verts, c’est pour beaucoup une construction arithmétique quand d’autres y voient le chemin d’une refondation de l’ensemble d’une gauche renvoyée brutalement à sa ringardisation historique par le style sarkozyste. C’est le cas de Benoît Hamon. Lequel avoue avoir été un moment enclin à la tentation de Venise, mais qui décide de rester porte-parole pour ne pas, assure-t-il, ajouter du désordre à la situation. Pas facile dans ce contexte pour Martine Aubry de sortir de son chapeau, deux jours après un naufrage dont elle n’a pas vu venir l’ampleur, un projet de révolution copernicienne pour la maison socialiste. Du moins en a-t-elle officiellement ouvert le chantier prévu pour une durée optimiste de six mois.

Dans son discours, cependant, pas l’ombre d’une critique sur le contenu de la campagne franco-française du PS adossée au plan politique au manifeste des 27 pays socio-démocrates d’Europe. Lesquels viennent de se voir infliger un désaveu dans leur pays respectif. Elle pointe la responsabilité « de ceux qui ont égaré la social-démocratie » et qui « en faiblissant sur nos valeurs ont brouillé le message ». Elle nuance : « Nous n’avons pas fait l’effort intellectuel et collectif nécessaire pour apporter les réponses d’aujourd’hui à la nouvelle situation du monde. » Elle pointe aussi la responsabilité de la droite : « L’Europe éloigne les peuples quand elle s’éloigne des peuples. » Plus fondamentalement, Martine Aubry aborde le PS lui-même pour appeler « à un sursaut de nature à le refonder profondément », car, explique-t-elle, « nous ne sortirons pas de cette situation par quelques replâtrages, par je ne sais quel recentrage ou réorientation ou par quelques artifices de communication ». La refondation à laquelle elle dit penser passe par « la refondation des idées et du projet, refondation à gauche pour bâtir une maison commune, refondation des pratiques, des démarches personnelles ou collectives » en réponse aux crises « de la social-démocratie », « du parti », et de « la construction européenne ».

La refondation des idées et du projet devrait s’inspirer d’une démarche participative « hors les murs de Solferino » dès la rentrée, associant militants du PS et des autres partis de gauche et « les citoyens volontaires », sous la houlette de grands élus promus « ambassadeurs du projet ». Celle de la gauche devra inventer « une nouvelle démarche de rassemblement sans préalable et sans volonté hégémonique ». Ces chantiers, Marine Aubry entend qu’ils soient conduits par une équipe « resserrée » mais associant toutes les sensibilités. Dans cet esprit, un accord a été conclu mardi entre la première secrétaire et Ségolène Royal, celle-ci accédant à la vice-présidence de l’Internationale socialiste. Vincent Peillon et Manuel Valls devraient donner leur accord à leur entrée dans les instances dirigeantes, en dépit de la posture de surenchères adoptée au Conseil national. Dans le même esprit, un conseil des sages devrait être mis en place composé de Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, François Hollande, et Laurent Fabius.

La feuille de route n’a pas suscité d’enthousiasme débordant. Commentaires pessimistes de Marylise Lebranchu, proche de la première secrétaire : « Ce n’est pas un Conseil national comme on aurait pu en rêver : les quarantenaires sont en train de reproduire les mêmes querelles, et les mêmes méthodes. C’est dramatique. »

 

 

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Dernière mise à jour de cette page le 09/07/2010