PIRATERIE

Envoyer Imprimer Société - Article paru
le 19 juin 2010

Editorial par Michel Guilloux

13 Erika

Depuis le 20 avril, la fuite du puits de pétrole de BP dans le golfe du Mexique représente l’équivalent de 13 Erika. Et ce n’est pas fini. En 1989, le naufrage de l’Exxon Valdez sur les côtes de l’Alaska avait été qualifié de « pire marée noire de l’histoire des États-Unis ». Vingt et un ans plus tard les compteurs ont explosé. Pour avoir vécu nombre de sinistres sur nos côtes, on songe aux dizaines de milliers d’habitants de Louisiane avec un mélange de tristesse, de colère et de solidarité, mais on ne peut imaginer l’ampleur du désastre sur l’économie, sur l’environnement de ce joyau écologique comme celui des fonds marins. 13 Erika  ! Et ce n’est pas fini.

L’ampleur du désastre a pris de court un président Obama à l’image déjà mise à mal par sa difficulté à faire adopter la mesure phare de son programme, un embryon de protection sociale, par un Congrès guère plus disposé à débattre d’un autre de ses grands projets, une loi sur les énergies « propres ». La dramatisation de son intervention donne une petite idée des effets sur l’opinion d’une impuissance, jusque-là, à prendre la mesure du fléau, qui convoque l’ombre de Katrina. Si les deux événements mettent en lumière l’absence de services publics, au sens où on l’entend de ce côté-ci de l’Atlantique, il existe entre les deux une différence de nature essentielle. L’hôte de la Maison-Blanche a pu évoquer une « épidémie » pour qualifier le mal qui ronge les côtes sud de son pays, il n’en demeure pas moins qu’il ne s’agit pas ici d’une catastrophe « naturelle ».

Le président de BP a dû s’engager à débloquer une première enveloppe de 20 milliards de dollars pour couvrir le début des indemnisations. Cette somme, nous dit-on, représente l’équivalent d’un an d’investissements du groupe ou deux ans de dividendes versés aux actionnaires. Le rapport entre ces deux données indique la part prise par la rentabilité financière dans la stratégie du pétrolier, sans parler du poids de ses créances auprès des sacro-saints marchés financiers. Aucun rapport avec le choix de creuser un puits dans le golfe du Mexique à un endroit réputé instable  ? Aucun rapport avec les conditions d’exploitation, du pétrole comme des hommes à bord de la plate-forme, dont les avertissements n’ont jamais été pris en compte  ?

Aucun rapport avec le fait que deux des principaux actionnaires sont la banque d’affaires J.P. Morgan, premier propriétaire de hedge funds américains et le groupe financier Blackrock  ? Qui peut croire un seul instant que leurs considérations pèsent sur les choix de gestion de BP d’un autre poids que la voix du petit retraité britannique  ? Là où beaucoup veulent les opposer, ce dernier comme le petit pêcheur de Louisiane qui subit la marée noire, risque d’y perdre pour les mêmes raisons. Après avoir joué leur part dans le déclenchement de la crise financière, puis continué dans la pression sur les comptes publics, pour faire payer la facture aux peuples, les agences de notations américaines commencent à « dégrader » la note de BP, en prévision de profits moins juteux. À l’heure où, en France, Medef et Élysée veulent casser le système de retraite solidaire pour en livrer des pans entiers aux assurances privées, voire à des fonds de pension « à la française », voilà de quoi condamner un peu plus un système indifférent aux hommes comme à la nature. Mardi prochain, dans le golfe du Mexique, nous en serons à l’équivalent de 14 Erika.


Marée noire. Des défaillances en chaîne sont pointées

Le Sénat américain a entamé un cycle d’auditions pour établir les responsabilités dans l’explosion 
survenue le 20 avril. BP reste le principal accusé.

Envoyée spéciale.

Un vent mauvais souffle sur la British Petroleum. Sur elle, mais aussi sur la compagnie Transocéan, propriétaire de la plate-forme exploitée par BP ; sur la société Halliburton, qui a fourni le ciment du coffrage du puits ; et même sur une agence de l’administration américaine – Minerals Management Service –, laquelle a, semble-t-il, accordé son feu vert au forage sans avoir obtenu toutes les garanties de sécurité nécessaires de la part de BP.

Deux jours après que le Sénat américain a entamé un cycle d’auditions visant à faire le clair sur les responsabilités de chacun dans l’explosion survenue le 20 avril dernier, la liste des dysfonctionnements supposés est telle que l’on est tenté de se demander non pas ce qui n’a pas marché avec la plate-forme Deepwater, mais ce qui, au contraire, a fonctionné.

Les différentes parties ont eu beau jeu, mardi, au premier jour de l’audience, de se renvoyer la balle. Le PDG de BP America n’a pas raté de mentionner que Transocéan était propriétaire du dispositif anti-explosion, inopérant au moment du drame. Engin de 450 tonnes placé en tête de puits, ce système était censé être « la parade en cas d’incident », a expliqué Lamar McKay, président de BP America.

Absurde, lui a répondu en substance le patron de Transocéan. « Ce qui est inhabituel dans cette explosion, c’est qu’elle soit intervenue (trois jours – NDLR) après la fin de la construction du puits », a-t-il pointé, épinglant Halliburton. C’est elle qui était chargée de fabriquer le bouchon de tête de puits, a-t-il rappelé, mettant implicitement en cause sa fiabilité. Insensé, rétorque Halliburton, qui assure que ledit bouchon n’était justement pas posé à l’heure de l’incident et en renvoyant la responsabilité sur Transocéan. Reste que les suspicions sont lourdes concernant le béton qu’Halliburton a utilisé pour assurer l’étanchéité du puits. Une barrière extrêmement difficile à construire à 
1500 mètres de fond, selon les experts. Un matériau, surtout, qui intervient déjà dans 18 incidents sur les 39 survenus entre 1992 et 2006.

Mais en tant qu’exploitant de la plate-forme, BP reste la cible principale des accusations. Mercredi, le Wall Steet Journal affirmait sur son site Internet que la compagnie pétrolière avait poursuivi le forage en dépit de tests suggérant une possible fuite de gaz. Si cela s’avérait, le délit de négligence serait effectif et on ne peut plus macabre, quand l’explosion de la plate-forme Deepwater a tué 11 personnes et engendré la plus vaste marée noire jamais vue depuis vingt ans.


Les dernières marées noires

Le 7 novembre 2007, un porte-conteneurs sud-coréen heurte une pile du Bay Bridge, dans la baie de San Francisco, provoquant la fuite de 220 000 litres de fioul. Le 14 juillet 2006, lors de la guerre entre le Hezbollah libanais et Israël, les réservoirs de la centrale électrique de Jiyé (près de Beyrouth) sont touchés par les bombardements et laissent s’écouler en mer 15 000 tonnes de pétrole. Le 19 novembre 2002, un pétrolier libérien coule au large de la Galice  : plus de 50 000 tonnes d’hydrocarbures s’échappent.

Marée noire au large de la Lousiane

Cinq mille barils de pétrole par jour, soit cinq fois plus qu’initialement estimé, s’écoulent dans les eaux du golfe du Mexique, où une plateforme pétrolière a sombré le 22 avril, ont annoncé les garde-côtes mercredi, après la découverte d’une fuite supplémentaire.

"Ils ont découvert une nouvelle fuite", a déclaré le quartier-maître Erik Swanson, des Garde-côtes des Etats-Unis. "Le commandement unifié estime la fuite à plus de 5.000 barils par jour", a-t-il ajouté. Michael Abdenhoff, un porte-parole de BP qui exploitait la plateforme, a reconnu l’existence d’une nouvelle fuite, mais a contesté le volume de pétrole qui s’en échappe. "Il y a une légère divergence d’opinion", a-t-il souligné. "Nous avons trouvé une nouvelle fuite. Elle est en amont des deux fuites déjà présentes. Nous pensons que le volume (de pétrole) qui s’échappe reste inchangé". Les tentatives de BP pour colmater les fuites avaient échoué mardi.

Peu après cette annonce, le gouverneur de Louisiane, Bobby Jindal, (sud des Etats-Unis) a indiqué avoir demandé une aide d’urgence pour protéger les fragiles côtes de l’Etat, qui pourrait être touchées dès jeudi par une importante nappe d’hydrocarbures échappée de la plate-forme. Bobby Jindal, a indiqué dans un communiqué avoir sollicité des moyens supplémentaires de la part du ministère de la Sécurité intérieure "après des informations selon lesquelles une partie de la nappe (…) s’apprête désormais à toucher les côtes de Louisiane plus tôt que prévu initialement". "Notre priorité absolue est de protéger nos citoyens et l’environnement. Ces moyens sont primordiaux pour atténuer l’impact de la marée noire sur nos côtes", a-t-il ajouté.

Les marais côtiers de la Louisiane constituent un sanctuaire pour la faune, en particulier les oiseaux aquatiques, et les autres Etats américains de la région, la Floride, l’Alabama et le Mississippi notamment, craignent que la nappe de pétrole ne souille dès ce week-end leurs plages et ne pollue les pêcheries, cruciales pour l’économie locale.

Des équipes d’intervention ont enflammé mercredi une portion de la vaste nappe de pétrole flottant dans le golfe du Mexique pour tenter de stopper sa progression vers les côtes de Louisiane.

La plateforme Deepwater Horizon, propriété de la société Transocean, contenait 2,6 millions de litres de pétrole et extrayait près de 1,27 million de litres par jour. Elle a sombré 48 heures après une explosion suivie d’un incendie, à la suite desquels onze personnes sont toujours portées disparues.


Article paru
le 14 janvier 2010

Une planète et des hommes

Le droit à l’énergie, grand oublié du Grenelle

Selon un récent rapport, 3,8 millions de foyers, soit près de 10 millions de personnes, souffrent de restrictions d’accès à l’énergie pour s’éclairer ou chauffer correctement leur logement.

« Enfin, ils sont visibles », explique Bertrand Lapostolet, chargé de mission de la Fondation Abbé-Pierre et corédacteur du rapport sur « la précarité énergétique » élaboré par un groupe de travail regroupant des entreprises comme EDF ou GDF Suez, des associations caritatives et de locataires et les organismes professionnels de l’habitat. « Ils »  : ce sont les 3,8 millions de foyers, soit près de 10 millions de personnes qui se trouvent « privées d’énergie ». Bénéficiant de revenus modestes, habitant des logements dont la qualité thermique est mauvaise, confrontées au coût croissant de l’énergie, ces familles n’ont plus les moyens de s’éclairer ou de se chauffer correctement. La coupure d’électricité ou de gaz, symbole de cette exclusion, a, à la suite de plusieurs incendies aux conséquences dramatiques, révélé cette situation au grand public. Mais nous apprend le rapport remis au secrétaire d’État au Logement, Benoît Apparu, le 12 décembre dernier, « la précarité énergétique » peut se montrer plus insidieuse. De nombreux foyers s’appliquant d’eux-mêmes une restriction drastique de leur consommation d’énergie afin de ne pas se trouver dans l’incapacité de payer leur facture ou pour tout simplement limiter la part de leurs revenus consacrée à cette dépense. Quitte à mal se chauffer. En 2006, si chaque foyer consacrait en moyenne 5,5 % de son revenu à ses dépenses d’énergies dans le logement, ce « taux d’effort énergétique » atteignait 15 % pour les familles modestes. Soit une progression de 50 % en cinq ans.

Le rapport balaie aussi plusieurs idées reçues. Ainsi, c’est dans le parc de logements privés et non dans le parc d’HLM que résident 87 % des foyers concernés, tandis que 62 % sont propriétaires de leur logement. Pour lutter contre la précarité énergétique, le rapport propose neuf mesures, par exemple la création d’un « bouclier énergétique », symbolisé par « un chèque vert », en complément des dispositifs déjà existants pour aider les foyers à faire face à leurs dépenses. Ses auteurs préconisent également d’agir en amont pour réduire la part du revenu des ménages consacrée aux dépenses énergétiques dans le logement. « Bien souvent, les logements concernés sont de véritables passoires thermiques. Mal isolés, équipés de système de chauffage défectueux ou défaillant, ils engendrent des surcoûts importants », explique Bernard Lapostolet. Or « les dispositifs actuels, comme le crédit d’impôt créé dans le Grenelle de l’environnement pour aider à l’isolation des logements, sont inappropriés car inaccessibles aux plus modestes », poursuit le responsable de la Fondation Abbé-Pierre. Outre un meilleur accès au crédit pour les propriétaires modestes, le rapport plaide pour que « la performance énergétique soit inscrite dans les textes “indécences et insalubrités” » afin de contraindre les bailleurs peu scrupuleux à procéder aux travaux nécessaires dans leur parc de logements.

« Autant de mesures importantes » que Bertrand Lapostolet « attend de voir » si le gouvernement les mettra en œuvre. Pour l’instant, seule la création d’« un observatoire de la précarité énergétique », qui permettra de mieux connaître et d’évaluer le phénomène, semble acquise. Autre inquiétude  : que l’efficacité de ces mesures soit réduite à néant par une poursuite de la flambée des prix de l’énergie ou de la baisse du pouvoir d’achat. Une préoccupation partagée par plusieurs membres du groupe de travail, comme la secrétaire confédérale de la Confédération nationale des locataires, Corinne Rinaldo, qui s’inquiète par exemple de l’avenir des tarifs réglementés de l’électricité et du gaz, dont l’existence n’est garantie que jusqu’au 31 décembre prochain.


Taxe carbone  : le vert de trop

Le Conseil constitutionnel a annulé, mardi soir, la loi qui instituait la taxe carbone, jugée inefficace écologiquement et inéquitable fiscalement.

Le gouvernement aura eu, cette année, l’estomac retourné avec deux jours d’avance sur le lendemain de fête. Le Conseil constitutionnel lui a servi le « vert » de trop mardi, tard dans la soirée, en retoquant son projet d’instituer une taxe carbone. Visant à une réduction des émissions de gaz à effet de serre « afin de lutter contre le réchauffement de la planète », celle-ci aurait dû s’appliquer à compter du 1er janvier, autrement dit dès demain.

une rupture caractérisée de l’égalité

Mais ce qui devait être l’une des mesures fiscales phares du projet de loi de finances 2010 n’a pas été du goût des neufs sages, lesquels ont décidé d’annuler in extremis la mesure, jugée socialement inéquitable et écologiquement inefficace.

Épinglées  : les nombreuses exemptions qui devaient accompagner sa mise en place. « Ainsi étaient totalement exonérées de contribution carbone les émissions de 1 018 sites industriels les plus polluants, tels que les raffineries, cimenteries, cokeries et verreries, les émissions de l’industrie chimique utilisant de manière intensive de l’énergie (…), celles du transport aérien et du transport routier de passagers », souligne le Conseil constitutionnel dans son rapport. Pointant également l’exonération des centrales thermiques ainsi que les réductions accordées aux activités agricoles, de pêche, de transport routier de marchandises et au transport maritime (75 % pour chacun), il estime qu’au total, « 93 % des émissions d’origine industrielle, hors carburant, (auraient été) exonérée de contribution carbone ». In fine, « moins de la moitié des émissions de gaz à effet de serre auraient été soumises à la contribution », laquelle n’aurait donc porté que sur « les carburants et les produits de chauffage qui ne sont que l’une des sources de dioxyde de carbone ».

Des régimes de faveur « contraires à l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique », résume le Conseil, qui note, surtout, que cela « aurait créé une rupture caractérisée de l’égalité devant les charges publiques ».

Deux motifs majeurs qui l’ont donc conduit à censurer la loi, faisant écho aux critiques entendues depuis juillet, quand le débat avait été lancé. Censée répondre aux engagements pris en 2008 lors du Grenelle de l’environnement, la taxe carbone – ou contribution climat énergie – devait inciter les entreprises, les ménages et les administrations à diminuer leur consommation d’énergie fossile – gaz, fuel, essence, charbon – via un « stimulus prix ». En juillet, la commission Rocard proposait de fixer le tarif de la taxe à 32 euros la tonne de CO2. Les parlementaires avaient finalement retenu celui de 17 euros la tonne, accompagnant la mesure d’un « chèque vert » reversé aux ménages en guise de compensation et, donc, d’une kyrielle d’exemptions. Dès lors, les critiques s’étaient multipliées. À celles entendues depuis le début, portant sur le bien-fondé même d’une nouvelle taxe imposée aux ménages – 5 centimes de plus par litre de carburant et de fioul, 3,14 euros de plus par MWh de gaz – venaient s’ajouter celles des organisations écologistes, reprochant au gouvernement de ne pas être allé jusqu’au bout de son idée.

Un nouveau texte le 20 janvier

Deux lignes d’oppositions que l’on retrouve dans les réactions entendues depuis hier. Majoritairement, les organisations de défense de l’environnement saluent cette censure en ce qu’elle doit permettre au gouvernement de revoir sa copie. « La décision du Conseil constitutionnel doit donner l’occasion au gouvernement de créer une véritable contribution climat énergie, conforme au vœu des acteurs du Grenelle de l’environnement et non des lobbies qui ne pensent qu’en termes d’exonérations et de chantage à l’emploi », estime ainsi Sébastien Genest, président de France Nature Environnement. Un point de vue repris, côté politiques, par le Parti socialiste (à l’origine de la saisine du Conseil constitutionnel) et par les Verts qui exigent, en substance, une contribution ambitieuse et socialement équitable. Député communiste du Nord, Jean-Jacques Candelier reste quant à lui fermement opposé au principe même d’une taxe. « Elles représentent déjà les deux tiers du prix à la pompe, souligne-t-il, dans un communiqué. Comment quelques milliards d’euros de recettes fiscales supplémentaires (3 milliards – NDLR) pourraient changer les comportements, alors que les 50 milliards d’euros de l’actuelle fiscalité environnementale n’y arrivent pas  ? »

Le gouvernement, enfin, se montre déterminé à ne pas lâcher le morceau. François Fillon présentera un nouveau texte le 20 janvier. Un délai court, quand les entreprises dans le collimateur sont, elles aussi, déjà reparties à la charge pour défendre leur bout d’os.

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Le PCF se félicite de l’annulation de la taxe Carbone


Le PCF se félicite de l’annulation de la taxe Carbone par le Conseil Constitutionnel. Inefficace car beaucoup d’entreprises polluantes en était exonérées, cette taxe était également injuste car elle touchait d’avantage les plus petits salariés que les grandes fortunes.

En se précipitant, le Président de la République à fait une bêtise. L’effet d’annonce dans la préparation de Copenhague n’a pas marché  ! Ce n’est pas au niveau des enjeux de ce débat et le PCF condamne cette manière de procéder ! Il faut maintenant prendre le temps d’un nouveau débat à l’Assemblée nationale.

Le PCF propose une vraie réforme fiscale en créant un bonus-malus pour les entreprises sur des critères environnementaux et sociaux. Il faut augmenter les aides aux ménages et attribuer d’avantage d’argent public pour aider la recherche, l’industrie, le bâtiment… Alors que Nicolas Sarkozy en a fait la découverte à Copenhague, le PCF ne cesse de le répéter depuis très longtemps : il faut mettre en place une taxation sur les transactions financières. Enfin, en diminuant de 10% les dépenses militaires de l’Etat, il est possible de financer la protection de l’environnement.

Le Conseil constitutionnel à fait son travail. Nous attendons maintenant qu’il aille un peu plus loin sur les propositions telles que la loi de finances qui comportent des mesures particulièrement injustes, le bouclier fiscal, la taxation des indemnités journalières des accidentés du travail. Ces mesures sont très choquantes et il faut y mettre un terme.

Parti communiste français

Paris, le 30 décembre 2009.


Jean-Louis Étienne « La raison environnementale est toujours insuffisante »

En avril, Jean-Louis Étienne tentera une traversée inédite de l’Arctique en ballon. 
C’est la troisième expédition scientifique 
du médecin explorateur dans cette zone. 
à quelques jours 
du sommet 
des Nations unies sur 
le climat à Copenhague, 
il évoque pour 
nous sa passion 
de la planète… 
Et ses inquiétudes environnementales.

En avril prochain, vous décollerez en solitaire 
du Spitzberg, au nord 
de la Norvège. Vous voilà reparti pour de nouvelles aventures (1)…

Jean-Louis Étienne. Cette fois-ci, il s’agit de survoler l’océan Arctique pour rejoindre l’Alaska à bord d’une rozière fabriquée par le Britannique Don Cameron, spécialiste des ballons dirigeables. À la différence du ballon classique, doté d’une faible autonomie, la rozière est adaptée aux vols de longue durée grâce à sa poche d’hélium de 2 200 m3. Ce ballon ne sera pas rond mais assez pointu, de manière à limiter les accumulations de neige qui pourraient l’alourdir et perturber le vol. L’objectif, c’est l’Alaska, après 3 500 kilomètres de parcours théorique. Je n’ai pas fait de démarche pour obtenir les autorisations d’atterrir en Sibérie. Si jamais je devais me poser là-bas, je le saurais quarante-huit heures avant et on fera alors les demandes. Lors de nos simulations, on a rencontré des vents contraires qui nous ont baladés et on s’est même posés dans la baie d’Hudson, au nord-est du Canada. Au cours de l’expédition, le routeur Luc Trullemans me fera des propositions pour choisir les veines de vents situées à différentes altitudes. On a prévu de voler entre 300 et 4 000 mètres d’altitude, c’est le plafond. La simulation la plus rapide est de six jours. J’emmène de la nourriture pour vingt jours.

Comment s’organisera votre quotidien dans la nacelle  ?

Jean-Louis Étienne. Je vais vivre dans une cabine de 3 m2. Le delta de température devrait osciller entre – 10 °C et – 35 °C à l’extérieur mais à l’intérieur, je devrais avoir une température entre 15 °C et 18 °C pour ne pas perdre d’énergie à lutter contre le froid. J’emmène un petit chauffage de caravane et la cabine comporte six hublots et un dôme au-dessus qui laissent pénétrer la lumière du soleil. Durant la journée, je ferai six heures de veille puis deux heures de sommeil et ainsi de suite. C’est Jean-Yves Chauve, le médecin de la course au large, qui s’occupe de moi.

Votre expédition comporte un volet scientifique. Quels sont vos objectifs durant ce vol  ?

Jean-Louis Étienne. Je vais mesurer le CO2 atmosphérique dans une zone vierge de toute émission, ainsi que le champ magnétique terrestre, véritable bouclier de protection contre les radiations du Soleil qui se déplace chaque année de 60 à 80 kilomètres et qui tend à s’affaiblir sans que l’on sache pourquoi. Cette dernière mesure va servir au LSCE (Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement) de Gif-sur-Yvette, dirigé par Hervé Le Treut, qui travaille sur la modélisation du climat. Enfin, je mesurerai les aérosols en suspension dans l’atmosphère. On ne voit rien à l’œil nu mais il y a aussi beaucoup de matières organiques, des pesticides, des métaux lourds, des poussières naturelles (grains de sable issus de tempêtes, cendres issues d’irruptions volcaniques), tout ce qui est soufflé par les vents et qu’on appelle l’homogénéisation de la composition de l’atmosphère. Il faut un mois pour que tout ce qu’on émet s’homogénéise au niveau d’un hémisphère et un an au niveau des deux hémisphères.

Justement, vous voulez faire comprendre le rôle fondamental de la banquise, que vous voulez faire classer en « zone d’intérêt commun » pour l’humanité…

Jean-Louis Étienne. C’est toujours un projet. L’Arctique est menacé par le réchauffement mais il contient aussi des richesses importantes en gaz et en pétrole. Au large de Mourmansk, en mer de Barents, il y a la deuxième réserve mondiale de gaz, après celle du Qatar. L’idée, qui consiste à sauver cette zone fragile en reproduisant ce que la communauté internationale a déjà fait au pôle Sud avec le traité de l’Antarctique qui est devenu une zone de paix jusqu’en 2048, est belle. Sauf qu’en Arctique, cela ne peut être fait car des pays puissants (Canada, États-Unis, Norvège, Russie et Danemark avec le Groenland) entourent cette région, et le droit international de la mer donne l’autorisation d’exploitation sur la « zone économique exclusive » jusqu’à 200 milles nautiques au large des côtes (370 km) ou 350 milles (650 km) si vous parvenez à prouver que c’est le prolongement de votre plateau continental. Or, on ne peut pas toucher à la souveraineté des États. En revanche, la banquise, cette couche de glace sans valeur commerciale, est un élément essentiel dans la régulation du climat. C’est pourquoi je veux lui donner un statut.

Où en êtes-vous et comment vous y prenez-vous  ?

Jean-Louis Étienne. C’est difficile car l’Arctique n’appartient à personne et, normalement, cette demande devrait être portée par un pays. Certaines nations ne veulent pas entendre parler de réchauffement climatique, alors la fonte de la banquise, vous pensez… Je l’avais proposée au prince Albert II de Monaco, au gouvernement français, mais ils ne veulent pas s’immerger dans des revendications qui dépassent tout le monde. Je l’ai proposée au WWF… Il faudrait que ça vienne conjointement d’organisations non gouvernementales, qui n’ont rien à perdre, et des peuples autochtones qui entourent cette zone et sont les premiers concernés. On le voit, la raison environnementale est toujours insuffisante, elle ne fonctionne que si elle est adossée à une raison politico-économique ou de santé publique.

Le 7 décembre débute le sommet des Nations unies sur le climat à Copenhague. Croyez-vous que ce sera l’échec annoncé malgré les récentes annonces américaines puis chinoises  ?

Jean-Louis Étienne. Il ne faut pas que ce soit un échec car ce serait l’effondrement de dix ans de mobilisation intensive de toutes les organisations, des États européens, notamment, et du GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat). C’est quelque chose qui a été lourd à porter dans la conscience politique et du public. Si on sentait que les États puissants abandonnent, cela entraînerait une démobilisation générale et surtout ce serait un mauvais exemple à suivre pour les pays en voie de développement. Les États-Unis et la Chine sont face à face, je crois que ce n’est pas pour rien qu’ils se sont rencontrés il y a quelque temps. De l’avis général, la feuille de route a été écrite entre les Chinois et les Américains car ils dépendent trop les uns des autres. L’Union européenne s’est engagée à réduire de 20 % ses émissions de gaz à effet de serre en 2020 et à porter cet objectif à 30 % en cas d’accords internationaux, mais les experts demandent 40 % car les pays industrialisés ont technologiquement la capacité d’y arriver et doivent montrer l’exemple.

Vingt-six chercheurs, dont la plupart ont participé au rapport du GIEC, estiment que le réchauffement est plus rapide que prévu et que le niveau de la mer pourrait s’élever non pas d’un mètre, mais, dans le pire des cas, de deux mètres d’ici à 2100…

Jean-Louis Étienne. Le niveau des océans monte en raison de la fonte en Arctique du Groenland et de l’Antarctique (pôle Sud), qui fait 28 fois la France et dont l’épaisseur moyenne de la glace fait 2,5 km, car cela amène de l’eau douce. Certaines villes côtières de par le monde seront obligées de construire des digues et il y aura l’apparition de réfugiés climatiques. On ne sait pas non plus comment va réagir géologiquement le Groenland : le socle rocheux devient de plus en plus glissant et d’énormes glaciers avancent de plusieurs mètres par jour et vont finir dans la mer. En revanche, la banquise du pôle Nord qui fond l’été ne fait pas s’élever le niveau de l’océan car c’est de l’eau de mer gelée, donc il n’y a pas d’apport d’eau. La disparition de la banquise serait problématique non pas pour le niveau de l’eau, mais parce que c’est un élément régulateur du climat. Elle fond durant l’été polaire mais elle regèle l’hiver. On constate qu’elle fond plus tôt et qu’elle se reconstitue moins…

On l’oublie souvent, mais les premières touchées sont les populations autochtones de l’Arctique…

Jean-Louis Étienne. Toutes les populations qui habitent au bord de l’eau vont être concernées. Sans aller si loin, ceux qui habitent dans le delta du Rhône commencent à se rendre compte que la plage est grignotée par la mer. Avec la disparition du permafrost, c’est-à-dire le sol gelé en permanence, les populations autochtones sont touchées car leurs maisons et toutes leurs infrastructures qui sont bâties sur ce sol, qui était dur comme du béton, s’affaissent.

À cela pourraient s’ajouter des catastrophes écologiques à la suite de l’ouverture de nouvelles routes maritimes…

Jean-Louis Étienne. Le passage du Nord-Ouest va, pour le moment, se développer au niveau touristique, comme la péninsule antarctique. Il faudra encore attendre le jour où, à la fin de l’été, la glace de l’Arctique aura presque complètement fondu… on parle de 2030 pour le développement de lignes commerciales maritimes car les armateurs ne sont pas prêts à investir dans des coques renforcées, des équipages spécialistes des glaces pour gagner un peu de temps. Il existe aussi sur le parcours quelques verrous de glace entre les différentes îles du Grand Nord canadien qui sont encore assez dangereux et dissuasifs. Et puis, le centre gravité maritime, c’est Singapour, donc assez au Sud.

Que pensez-vous de la position de Claude Allègre, qui affirme qu’on ne sait pas si l’homme est responsable du changement climatique, et croyez-vous à un comportement citoyen à l’échelle de la planète  ?

Jean-Louis Étienne. On sait qu’on va vers une période de réchauffement climatique, on est en période interglaciaire aujourd’hui, mais ce qu’on ne savait pas, c’est que la courbe de température ne remonte plus de façon sinusoïdale mais de façon très raide. Vu l’attente qu’il y a de trouver des énergies du futur, c’est d’une grande malhonnêteté d’imposer un frein comme le fait Claude Allègre. Pour moi, ce qui peut arranger les choses, c’est l’éducation. Le respect de l’environnement, c’est du sens civique. Les décisionnaires, politiques ou industriels, sont des gens qui ne sont pas nés avec des préoccupations environnementales. Ils les prennent de plein fouet, ils les utilisent aussi parfois à des fins commerciales. Mais j’espère que « le gène environnemental » émergera avec les nouvelles générations biberonnées par ces préoccupations. On ne peut pas compter que sur la science pour trouver des solutions, même si elle va en apporter beaucoup.

Entretien réalisé par Nicolas Guillermin


Article paru
le 22 septembre 2009