C’est dans la plus totale discrétion et une forte opacité que la France accueille aujourd’hui pour une visite de trois jours le dictateur du Turkménistan. Le président Gourbangouly Berdymoukhammedov doit rencontrer le président Nicolas Sarkozy à 13 heures pour un déjeuner de travail avant de s’entretenir en fin de journée avec le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Si le mystère plane sur la suite du programme, il semble toutefois plus que vraisemblable que des échanges auront lieu entre la délégation turkmène et des entreprises françaises, telles que Bouygues et Vinci, qui négocient plusieurs projets avec le président turkmène. Pays le plus répressif et le plus fermé avec la Birmanie et la Corée du Nord, cet État de 4,8 millions d’habitants est riche en hydrocarbures. Bourré de gaz, il possède la cinquième plus importante réserve au monde. Depuis que les conflits gaziers répétés entre la Russie et l’Ukraine ont mis au jour la dépendance d’une partie des pays de l’Union européenne au gaz russe, le Turkménistan est devenu un pays stratégique pour la diversification énergétique de l’Europe. La venue en France du président turkmène intervient au moment où un accord de partenariat et de coopération (APC) entre l’UE et le Turkménistan est en cours de ratification. Il ne manque plus que l’aval des parlements de la France et du Royaume-Uni pour que l’accord soit ensuite soumis au Parlement européen. « Il semble que des décideurs européens conçoivent, injustement, la poursuite d’une sécurité énergétique et la promotion des droits de l’homme comme deux objectifs qui s’excluent mutuellement », a regretté Veronika Szente Goldston, de l’ONG Human Rights Watch. Associée à Reporters sans frontières, à la FIDH, et à la Fondation Helsinki pour les droits de l’homme, l’association HRW a appelé Nicolas Sarkozy à « s’exprimer sur la situation déplorable des droits humains au Turkménistan ».
La vendetta continue. Nicolas Sarkozy n’a attendu que quelques heures pour prendre sa décision. Dès hier matin, le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, a dévoilé les intentions. Pas même un communiqué officiel, mais une intervention sur les ondes d’Europe 1 où il était, comme par hasard, invité. Les apparences d’une indépendance du parquet sont du même coup bafouées. D’autant que le procureur semble être exclusivement obsédé par un cas particulier : « De manière un peu surprenante, le jugement ne condamne pas Dominique de Villepin », a-t-il souligné.
« Le tribunal correctionnel n’a pas tiré les conclusions de ce qu’il a entendu, a déclaré le procureur, tout n’a pas été dit dans cette affaire. Il y a place pour faire émerger une part de vérité. J’ai décidé d’interjeter appel. » À peu près les mêmes mots que ceux employés la veille par Frédéric Lefebvre, porte-parole de l’UMP : « Ce ne sont que les exécutants qui paient. On peut espérer que l’appel permettra de montrer qui a commandité cette manipulation et pourquoi. » À ce moment, officiellement, Nicolas Sarkozy avait simplement pris acte du jugement de relaxe de l’ancien premier ministre et rival politique. On peut penser que l’hôte de l’Élysée, après avoir bizarrement assuré qu’il ne ferait pas appel en tant que partie civile alors qu’il n’en a pas le droit dans la procédure judiciaire, a réuni son staff pour examiner comment tenter de retourner la situation quand la justice venait de lui infliger un camouflet.
L’un attaque, L’autre contre attaque
D’aucuns s’attendaient que la posture présidentielle reprenne le dessus. Mais non. C’est un Nicolas Sarkozy aussi caractériel que revanchard qui a prévalu. Aussitôt, Dominique de Villepin, qui a repris la main sur son adversaire, contre-attaquait en accusant Nicolas Sarkozy de « persévérer dans son acharnement, dans sa haine ». Profitant de l’avantage, il a aussi accusé le président de la République d’avoir « menti » dans l’affaire Clearstream, notamment « sur la date à laquelle il a été informé de l’existence d’une opération contre lui ». Ce qui laisse évidemment entendre que le candidat Sarkozy a manipulé l’affaire pour se parer des couleurs de la victime.
Les syndicats de magistrats, toutes sensibilités confondues, n’ont pas été dupes. Selon eux, l’appel du parquet est entaché d’une forte suspicion de pression politique. Ils ont renouvelé avec vivacité leur appel « à couper le lien » entre parquet et pouvoir. « Je ne peux pas imaginer qu’on n’ait pas parlé en haut lieu de l’éventualité d’un appel », a constaté Clarisse Taron, présidente du Syndicat de la magistrature (SM). Le SM observe que « le procureur Marin mène le combat sur la scène médiatique en centrant ses attaques sur monsieur de Villepin. C’est quand même étonnant de la part d’un procureur de la République qui, par ailleurs, ne cesse de dire qu’il est parfaitement indépendant. » L’acharnement de Nicolas Sarkozy est-il explicable ? Il n’est pas certain qu’il en tire un bénéfice, du moins dans l’immédiat, l’opinion publique, singulièrement à droite, semblait en effet soulagée après l’annonce du verdict de relaxe. Le harcèlement pourrait se payer cher. Reste que sous un angle plus directement politique, Nicolas Sarkozy ne pouvait sans doute pas se payer le luxe de laisser son faux frère se relancer dans la bataille anti-sarkozyste à un moment où l’UMP, le parti du président, est au plus mal à la veille d’élections difficiles. À preuve : aujourd’hui, un grand meeting national de lancement de campagne devait se tenir porte de Versailles à Paris. Il a été annulé.
Sur TF1, le président de la République devait, lundi soir, animer une émission dont l’objectif était de rassembler l’électorat populaire de droite mais, surtout, de défendre une cause : la sienne.
On n’était pas obligé de regarder TF1 lundi soir. Le président y faisait un show chez ses amis de la télé privée : l’intelligence populaire n’y devait jouer que le rôle de faire valoir, et la démagogie populiste se déverser à flots. Émission taillée sur mesure, selon les convenances personnelles de l’hôte de l’Élysée, à l’étiage le plus bas dans les sondages. Mais en campagne électorale pour son parti, tout en contournant les contraintes de temps de parole. C’est pourtant durant une heure et demie que Nicolas Sarkozy devait occuper l’écran. Sa mission : rassembler son camp et, en particulier, la partie de l’électorat populaire qui a voté pour lui à la présidentielle mais qui a aujourd’hui de gros doutes.
Les sujets abordés déjà connus à l’avance
Dès le journal de 20 heures, présenté par Laurence Ferrari, pendant une quinzaine de minutes, l’opération était lancée. Le point culminant de l’opération devant venir avec un faux débat avec des Français rassemblés comme pour un panel. Mais d’entrée de jeu, le ton était donné. Nicolas Sarkozy s’efforçait d’être plus calme qu’à l’accoutumée sur la forme. Sur le fond, il ne renie rien et semble dire : « Je continue. » Affaire Proglio d’abord. Après avoir été contraint de demander au patron d’EDF d’abandonner son cumul des salaires, Nicolas Sarkozy manœuvre en recul sur le cumul des fonctions public-privé. Il l’assure : « C’est transitoire. » Et d’attaquer le PS qui polémique « contre les salariés et le président de la République ». Laurence Ferrari évoque le débat sur l’identité nationale. Le président soutient Éric Besson. Les retraites ? Il annonce la couleur : « La réforme concernera tout le monde. » Public, privé, régimes spéciaux. Il indique vouloir aller dans le sens d’un allongement de la durée des cotisations. À propos des chômeurs en fin de droit, le président de la République botte en touche et affirme sans barguigner que la France est le meilleur pays pour l’indemnisation. Cerise sur le gâteau : alors que tous les observateurs sont d’accord pour considérer que la prestation présidentielle d’hier soir s’inscrit dans la campagne des régionales, Nicolas Sarkozy adopte un ton au-dessus des partis qui ne trompera personne : « Mon rôle est de ne pas faire campagne. » Mais la main sur le cœur, il promet « d’écouter les Français ».
des échanges avec les français bien quadrillés
Sur le registre des vœux, pas d’annonces attendues. Mais un exercice de pédagogie. « Il s’agit de favoriser l’échange », jure-t-on à l’Élysée. Où l’on fait croire que Nicolas Sarkozy aime cela quand pas un des déplacements qu’il multiplie en province ne donne lieu à des contacts directs, dans des villes quadrillées par les forces de police et devant des aréopages triés sur le volet ou des rassemblements soigneusement encadrés par l’UMP ou par des figurants spécialement engagés. Place donc « à la mise en perspective » de la politique de l’exécutif : « Il s’agira de ramasser l’ensemble des sujets, d’expliquer les réformes et de les mettre en cohérence », précise-t-on dans l’entourage présidentiel, qui a repéré que les Français ont bien du mal à distinguer où le président veut en venir.
Certes, la prestation du président de la République est attendue par les salariés quelque peu désenchantés face à une politique qui, de bouclier fiscal en faveur des plus riches, jusqu’aux cadeaux aux banques, en passant par la double fonction publique et privée du patron d’EDF, chipote le pouvoir d’achat et fait profil bas sur l’emploi. Selon un sondage de LH2 NouvelObs.com, un Français sur deux souhaitait que Nicolas Sarkozy aborde la question de l’emploi, la réforme des retraites arrivant en deuxième (39 %), et celle du pouvoir d’achat (32 %). Les autres sujets, qui font pourtant partie de la communication sarkozyste, étant largement distancés : l’encadrement des hauts salaires et des bonus (18 %), l’interdiction du port du voile intégral (17 %), la taxe carbone (11 %), la réforme des collectivités locales (11 %), l’identité nationale (9 %).
Lundi soir sur TFI, Sarkozy porté disparu.
Lundi soir, Nicolas Sarkozy était sur le plateau du JT. Puis, durant plus de 90 minutes face aux « paroles de français ». Un premier constat : un temps, la parole présidentielle pouvait laisser croire qu’elle engageait l’action. Lundi soir, dans une émission pourtant calibrée pour le relancer à mi-mandat, N.Sarkozy ne peut que prendre des notes.Il a beau dire, « je vous supplie de me croire », sa parole, à force de commentaires et de descriptions, de mensonges et de vieilles recettes libérales et populistes, a perdu tout crédit.
Aux affaires depuis 2002, comme l’un des principaux ministres puis comme chef de l’Etat, ce soir le roi était nu.
Jeune chômeuse, ouvrier de l’automobile, agricultrice, enseignant, infirmière...les uns après les autres ont témoigné des difficultés de la vie, de l’absence de l’espoir d’une amélioration de leur quotidien. Face à la terrible réalité sociale et économique , le Président vérifie le prénom de ses interlocuteurs, avance quelques généralités, s’autorise quelques chiffrages, le plus souvent mensongers, se compare à Obama, pour enfin annoncer « vous verrez reculer le chômage dans notre pays ». On pourrait en rire s’il ne s’agissait pas de l’avenir de notre pays.
Que lui reste-t-il pour assouvir sa soif de médias : s’inscrire au prochain concours de l’Eurovision pour interpréter « parole, parole parole ». Hier soir, sur une autre chaine, il y avait « FBI : portés disparus ». Comme Sarkozy sur la une.
Olivier Dartigolles,
porte-parole du PCF.
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Vœux présidentiels
En pleine crise économique et sociale, le président de la République fait un discours d’autosatisfaction en présentant ses voeux aux « forces économiques ». « Je vous demande d’être confiants, de ne pas avoir peur de l’avenir, nous sommes dans la bonne direction », dit-il.
Si ce discours plaît aux plus riches, aux actionnaires, aux financiers et banquiers dont les intérêts ont été sauvegardés grâce à l’argent public, le monde du travail n’y se retrouve absolument pas.
Par ce discours, le président veut accréditer l’idée qu’il faut poursuivre les politiques qui ont fait tant de dégâts sociaux.
« La France a mieux résisté que les autres », dit le président. Il omet de préciser que si la France fait moins pire, c’est essentiellement grâce à notre régime de protection sociale. Or ce régime est menacé par les politiques de monsieur Sarkozy et les réformes que veut mettre en place son gouvernement.
Au lieu d’augmenter les impôts des plus riches, le Président veut réduire les dépenses publiques, ce qui se traduira par une dégradation de la qualité des services publics et des suppressions de postes dans la fonction publique. En revanche, il défend la suppression de la taxe professionnelle, qui va conduire à une hausse des impôts locaux payés par les ménages, et l’instauration de la taxe carbone qui, elle aussi, pèsera sur les salariés et les ménages à revenu modeste.
« Le pouvoir d’achat a continué à progresser pendant la crise », dit le président. Cette affirmation est très loin de ce que vivent dans leur quotidien des centaines de milliers de salariés qui ont perdu leur emploi l’année dernière, de même que la masse des privés d’emploi et la majorité des salariés et des retraités qui souffrent de la faiblesse de leur pouvoir d’achat et qui voient leur consommation diminuer.
Les salariés, les privés d’emploi, les retraités en ont assez des discours tranquillisants. Ils veulent des emplois stables, une hausse des salaires et pensions, l’amélioration du pouvoir d’achat, la garantie des services publics de qualité. Les politiques de monsieur Sarkozy s’y opposent.
Pour satisfaire ces revendications, il faut changer de politique et valoriser réellement le travail.
La Cgt continue la bataille pour porter ces revendications, conformément aux décisions de son 49ème congrès.

Nicolas Sarkozy avait déjà débloqué des dizaines de milliards d’euros pour rétablir la santé des banques et leur permettre de se relancer dans les spéculations en tous genres. Il a annoncé hier qu’un emprunt de 22 milliards serait contracté pour financer des innovations propres à dynamiser la course aux profits des grands groupes. Sous les étiquettes flatteuses de financement de la recherche, de mise en place de filières d’excellence, d’éclosion d’une économie verte, le président vient de décider un nouveau transfert massif d’argent public au bénéfice des actionnaires. Quant à la formation, il supprime des dizaines de milliers de postes d’enseignants. La recherche ? Il démantèle l’organisme scientifique le plus productif au monde, le CNRS !
Une nouvelle fois, la droite pioche dans les poches des Français pour satisfaire les plus riches. Les marchés financiers qui s’enrichiront de cette dette se réjouissent. Quant à nous, le pire est à attendre de la conférence sur la dette publique envisagée pour janvier. Après avoir encore creusé le trou, le gouvernement va présenter l’addition aux Français, non pas à ceux que le bouclier fiscal a abrités de l’impôt sur les grosses fortunes ou sur les revenus, mais à ceux qui comptent sur les services publics pour améliorer la vie, ceux qui vivent de salaires modestes et non de rentes, ceux qui envoient leurs enfants à l’école publique plutôt que dans les établissements privés des beaux quartiers. Une austérité brutale est mitonnée dans les arrière-cuisines de Bercy, qui ne demande plus qu’à être servie. Les intérêts de l’emprunt et des faveurs accordées aux grands groupes de l’industrie et de la finance vont se payer en dizaines de milliers de postes de fonctionnaires supprimés, en salaires rabougris, en aides sociales comprimées.
L’Élysée envisage aussi de brader les bijoux de famille, comme la filière électronucléaire française qu’il veut ouvrir aux capitaux privés On y cite très précisément les noms de l’allemand Siemens (qui vient de se retirer de Framatome peut-être pour exiger une plus grosse part du gâteau) ou du japonais Mitsubishi. C’est sous le signe de la privatisation qu’il veut mettre en place une politique d’énergie commune en Europe. Avec les lourds dangers que l’obsession des dividendes fera peser sur la sécurité.
Voilà ce que le ministre Christian Estrosi dépeint comme « une décision ambitieuse et visionnaire ». Elle bégaie l’argument de ce Caillaux, ministre des Finances concoctant l’impôt sur le revenu, qui lançait : « Faites payer les pauvres ! Bien sûr, les riches ont la capacité de supporter des impôts plus lourds, mais les pauvres sont tellement plus nombreux… »
Victor Hugo écrivait : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches. » Ce dernier prend de l’embonpoint. Jugez-en. Près de 70 milliards d’euros d’aides d’État sont déjà versées aux entreprises, sans réelles contre-parties. L’équivalent de trois emprunts d’État, de trois fois et demie le déficit de la Sécu, neuf fois plus que le déficit des retraites prévu en 2010… Il est utile de rapprocher certains chiffres pour démystifier les campagnes de conditionnement destinées à faire accepter demain la mise en cause de la retraite à 60 ans ou de l’accès à la santé pour tous
À quel degré de fièvre et d’ébullition une société devient-elle performative, proche d’un basculement signifiant l’espoir d’une contestation massive et durable ? Nicolas Sarkozy, depuis son palais en convulsions, franchit donc ce qu’il est convenu d’appeler « la mi-mandat » et, à la faveur de ce cap, beaucoup de commentateurs évoquent d’inévitables complications en usant de comparaisons ridicules. Le chef de l’État peut néanmoins en témoigner. Si officiellement « tout va pour le mieux », quelques nuages se sont accumulés au-dessus du sarkozysme ambiant, au point que l’hôte de l’Élysée a cru bon, ces derniers jours, de « recadrer » assez sauvagement les principaux thuriféraires de son monocrate régime.
Habitué à jouer les divisions au sein même de son camp d’affidés, le président éprouve des difficultés sur des dossiers aussi différents que la taxe professionnelle, la fiscalité des sportifs, le grand emprunt ou l’omniprésence de ses conseillers dans le débat public… Parler de « fronde » reste, pourtant, prématuré. D’ores et déjà seul en lice pour 2012 – sauf à considérer qu’un Villepin, héraut d’une vocation pour l’instant réduite à lui-même, puisse renverser la table –, Nicolas Sarkozy a tout intérêt à alimenter une contestation maîtrisée, qui, loin de le desservir, le replace mécaniquement en position d’arbitre suprême. Même l’intervention de François Fillon, qui semble redécouvrir les droits d’un premier ministre, sonne creux. Si les Français, victimes d’une tempête sociale sans précédent, se montrent très sévères dans les différents sondages, le tangage politico-interne auquel nous assistons est-il inventé, feint, manipulé ?
Une fois époussetée la superficialité du spectacle politique, l’essentiel est ailleurs. Sarkozy l’a dit et répété, il n’a pas d’autre choix que de poursuivre son entreprise de destruction de l’esprit français : s’il s’arrête, il tombe ! Car le danger du sarkozysme a depuis longtemps quitté le statut fictif de la menace, il est bel et bien en application, affectant toutes les structures de la nation. Social, institutions, libertés, justice, médias, etc., la mise en œuvre façon gangrène touche dorénavant l’intégrité même de la République, soumise à une nouvelle architecture de soumission. On aurait d’ailleurs tort de croire que le sarkozysme n’existe pas. Forme française contemporaine d’une idéologie qui ne veut pas dire son nom, celle-ci se décline exclusivement sous les traits vulgaires de l’actuel titulaire, mais porte, avec d’autres, beaucoup d’autres, une conception de la citoyenneté – connaissent-ils encore ce mot ? – très différente de celle dont la France pensait être l’une des héritières depuis les Lumières et la Révolution.
Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, estime qu’avec Sarkozy, « c’est l’histoire de la pensée universelle française qui redémarre ». Un sentiment de honte nous a étreints légitimement à l’écoute de ces mots. Avec ces gens-là, les frontières de l’inacceptable sont souvent enfoncées et si le pire n’est pas impossible, il n’est pas non plus inévitable. L’important cycle électoral, qui débute en mars avec les régionales, n’y suffira pas. C’est quotidiennement que, pied à pied, toutes les forces de progrès et d’engagement doivent imposer le retour dans le plein pays de la République. Le sarkozysme n’a pas encore gagné et cette période de mi-mandat, plus agitée que prévue, résonne comme une mise en demeure. Envers lui. Envers nous tous.
« Les responsabilités doivent être recherchées et les responsables de ce naufrage doivent être sanctionnés au moins financièrement. »
C’est le mensonge le plus évident. Quelqu’un a t-il été trouvé et condamné pour les souffrances engendrées par la crise ? Personne, bien évidemment.
Tout simplement parce que si ce travail avait été mené à bien, l’enquêteur serait venu actionner la sonnette du perron de l’Élysée.
Nicolas Sarkozy n’est pas le sauveur de la France, c’est le représentant de ceux qui l’ont plongé dans la crise.
« Je n’hésite d’ailleurs pas à dire que les modes de rémunération des dirigeants et des opérateurs doivent être désormais encadrés. »
Examinons les mesures annoncées fin août par le président : 2/3 des bonus seront versés de manière différée. 1/3 de la partie différée sera versée en titres. Cela n’a rien de contraignant et ce type de versement existe déjà. Quoi d’autre ?
Un système de malus est mis en place : si les performances ne sont pas au rendez vous dans la durée, la partie différée du bonus n’est pas versée. Cela n’a aucun sens car, aujourd’hui, un trader qui n’est pas performant sur le long terme n’a pas à se poser la question de son bonus ou de son malus : il est tout simplement licencié.
« Il va falloir s’attaquer au problème de la complexité des produits d’épargne, de l’opacité des transactions ».
Rien n’a été annoncé sur la complexité des produits d’épargne : la seule chose mise en place concernant l’épargne, c’est placer l’épargne populaire sous la coupe des marchés financiers en banalisant le livret A. Belle réussite !
Quant à l’opacité des transactions, les mesures qui concernent les paradis fiscaux ressemblent plus à une opération de communication qu’à des mesures de transparence. Au delà, la titrisation a toujours cours et d’autres bombes sont prêtes à exploser (risque d’un krach monétaire notamment).
« Je le dis avec la même détermination : si les difficultés actuelles devaient entraîner une restriction du crédit qui priverait les Français et les entreprises, en particulier les PME, des moyens de financer leurs investissements ou d’assurer leur trésorerie, l’Etat interviendrait pour que ces financements puissent être assurés. »
Les encours de crédits aux entreprises continuent de reculer avec -3,5% en juin après -4,6% en mai. On sait que ce rationnement du crédit peut entraîner 72 000 faillites, soit des centaines de milliers d’emplois qui risquent de disparaître si rien n’est fait.
« Il faudra imposer aux banques de financer le développement économique plutôt que la spéculation. »
Les groupes industriels du CAC 40 se sont constitués une trésorerie de 3,42 milliards en un an, notamment en vue de futures OPA et, parallèlement, ont massacré leurs sous-traitants par des restructurations brutales, des délocalisations.
Conséquences : le chômage explose (L’INSEE prévoit 704 000 chômeurs supplémentaires sur l’année) ; les salaires baissent (moins 0,3% sur l’année) ; le stress au travail est décuplé.
A ce sujet, est-ce une coïncidence si les suicides se multiplient à France Télécom, entreprise qui a dégagé des milliards de profit au premier semestre ? Bien sûr que non ! Vu l’état de la croissance, cela ne peut se faire qu’au prix d’une politique inhumaine envers les salariés.
Voilà ce que financent les banques ! Pas autre chose.
« Ne pas donner tous les bénéfices aux dirigeants et aux actionnaires, en destiner une part plus grande à ceux qui par leur travail ont créé la richesse, redonner du pouvoir d’achat aux travailleurs ». « Je n’accepterai donc pas de hausses des impôts et des taxes qui réduiraient le pouvoir d’achat des Français. »
Le pouvoir d’achat des salariés est en chute libre. Et le gouvernement a encore récemment enfoncé le clou ! Après le bouclier fiscal, il a annoncé la suppression de la taxe professionnelle, un impôt sur le capital, ce qui obligera toutes les collectivités à augmenter les impôts, et a créé la taxe carbone, un impôt sur la consommation, aussi injuste que la TVA et qui est amené à augmenter dans les années qui viennent.
La politique de Nicolas Sarkozy, c’est deux poids, deux mesures : des cadeaux pour les entreprises et des taxes aveugles pour les salariés !
« J’y ajouterai des mesures fortes pour que les programmes immobiliers en cours puissent être menés à bien et pour que des terrains appartenant au secteur public soient libérés pour y construire de nouveaux logements, ce qui contribuera à la baisse des prix qui avaient atteint des niveaux parfaitement excessifs. »
A part des mesures de défiscalisation qui n’ont pas du tout profité aux ménages modestes, le gouvernement n’a rien fait ! La France compte 3,5 millions de mal-logés et il manque maintenant 500 000 logements sociaux.
Pire, il a réduit les aides à la pierre, de 850 millions en 2008 à 500 millions en 2009 et elles pourraient tomber à 350 millions en 2010. Et les prix se maintiennent à un niveau très élevé, après avoir doublé en moins de dix ans.
« La mise en œuvre du Grenelle de l’environnement, c’est aussi la rénovation de tout le parc des logements sociaux et des bâtiments publics pour les adapter aux exigences d’économie d’énergie. »
Seule mesure prise par l’Etat : faire bénéficier les particuliers d’un prêt à taux zéro, permettant de s’endetter jusqu’à 30.000 euros sans payer d’intérêt pour financer les travaux d’isolation et de rénovation. Pourquoi ne pas y avoir pensé avant ? Aider les ménages à s’endetter après la crise des subprimes, en voilà une bonne idée ! De plus, l’impact de cette mesure sera très limité.
Au delà de cette mesure : il est fortement contradictoire d’affirmer vouloir réduire la pollution et de sacrifier le fret ferroviaire - 5000 emplois et 500 gares de triage menacés - alors qu’il peut être un élément central dans la réduction du trafic routier et donc des émissions de CO2, si l’on investit réellement dans ce domaine.
« Nous sommes le gouvernement de tous les Français, pas de quelques uns, et nous devons être, me semble-t-il, prisonniers d’aucun lobby, d’aucun groupe de pression, d’aucun intérêt quel qu’il fût et quelle que soit, par ailleurs, leur légitimité. »
« L’argent de l’Etat, c’est l’argent des Français. Ils ont travaillé trop dur pour le gagner pour que l’on ait le droit de le gaspiller. »
Le gouvernement a mobilisé 360 milliards d’euros d’argent public pour les banques. Cet argent, comme je le disais précédemment a servi à financer la spéculation contre le développement économique.
Et on peut ajouter à cela 28 milliards de cadeaux sans condition : c’est le montant des compensations d’exonérations de cotisations sociales patronales cette année.
Les Français n’ont pas vu la couleur de cet argent. Et ils sont écartés de toutes les discussions sur son utilisation.
« Le capitalisme ce n’est pas le court terme, c’est la longue durée » . « ... le capitalisme c’est la récompense du travail, de l’effort et de l’initiative ». « le capitalisme c’est une éthique, c’est une morale, ce sont des institutions. »
Qui peut encore croire tout cela aujourd’hui ? Si rien n’a été fait depuis un an, c’est parce que faire, faire réellement pour changer la donne, ce serait prouver que des leviers existent pour dépasser ce système.
Le capitalisme c’est économiser sur les hommes pour gâcher du capital sur les marchés financiers. Le capitalisme, c’est la récompense des plus aisés par l’effort et l’initiative des plus pauvres. L’éthique du capitalisme, c’est la rentabilité à court terme ; la morale du capitalisme est celle de ses dirigeants, celle des responsables de la crise ; les institutions du capitalisme, ce sont les banques privées qui gaspillent notre argent.
Quant à la crise actuelle, elle est l’essence même de ce système qui arrive à la fin de son histoire. Le monde n’a d’autre choix que de construire les voies de son dépassement.
Je l’ai dit, dans ces conditions, le discours que tiendra Nicolas Sarkozy ce soir sur France 2, à la veille du G20, est dénué de toute crédibilité. Ce sommet a été mis en scène ces dernières semaines de façon admirable. Voilà ce qui a été répété partout : « le président de notre pays, la France, est en pointe dans la lutte pour la moralisation du capitalisme. Cette France est elle-même à la tête d’une Europe unie pour imposer de nouvelles règles. Cette Europe unie va lors du sommet de Pittsburg affronter le géant américain et elle le fera avec un grand courage. »
En outre, le président s’était fixé un seul objectif : encadrer les bonus des traders. Des bonus dont tous les économistes disent qu’ils ne sont en rien la cause de la crise. Bien sûr, il faut que cela cesse, car ces rémunérations sont injustes et indécentes. Mais, au bout du compte, cela ne sera même pas réglé au G20 - Obama a dit non ; deuxièmement, cela ne nous fera pas sortir de la crise.
Alors je veux dire aux Français ceci : « Vous pouvez éteindre votre téléviseur. Ce soir, le président aura sûrement un air grave et déterminé, mais, comme à Toulon il y a un an, il vous mentira. Il vous dissimulera les vrais enjeux. Au G20, il ne se passera rien. »
C’est d’autant plus grave que des solutions existent pour sortir de la crise, pour dépasser le système capitaliste.
La situation devient donc proprement insupportable. Car pendant que Nicolas Sarkozy organise son show médiatique, la crise elle s’aggrave de manière dramatique.
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Sarko le menteur, Pris la main dans le sac
« C’est clair, c’est simple, c’est net », avec Sarkozy, il faut s’attendre au pire pour l’avenir de nos services publics et au meilleur pour ses copains du patronat. Et ce flagrant délit de mensonge est loin d’être le seul.
Le candidat Nicolas Sarkozy avait en effet tout promis : du travail pour tous, de bons salaires, plus de démocratie, plus d’efficacité des politiques publiques, permettre à chaque français d’être propriétaire de son logement, garantir la réussite de chacun à l’école, etc... Après 24 mois de présidence, son indéniable talent de bonimenteur ne suffit plus à masquer l’échec des politiques menées, ou plutôt leur objectif véritable : une politique au service du patronat et des puissances de l’argent, contre les intérêts du plus grand nombre.
0/10 sur 0 vote
Sélectionnez une note dans le menu déroulant.
1. Bernard DEGOIS Le 12/10/2009 à 20:15