Dunkerque, envoyé spécial.
« Total-ement lamentable. » À l’entrée de la raffinerie des Flandres, la banderole résume l’écœurement des salariés. Le conflit capte l’intérêt des médias, venus prendre la température sociale sur le site et guetter la visite, hier, d’Alain Bocquet, député (PCF) du Nord et tête de liste du Front de gauche aux élections régionales. À ses côtés, l’eurodéputé communiste, tête de liste dans le Pas-de-Calais, Jacky Hénin, présent depuis le début du conflit, et Dany Wallyn, syndicaliste chez Arcelor et également candidat. « Ça fait du bien au moral, confie Bruno, syndiqué CGT, opérateur à la production, et quinze ans de raffinerie. D’autres à gauche ne se précipitent pas pour nous voir. (Michel Delebarre, maire PS de Dunkerqu Certains parlent de nouvelles synergies entre industries – NDLR), mais qu’ils empêchent d’abord les sociétés de fermer ! » Pour lui, c’est sûr « ça va péter », à cette élection ou à la suivante. « C’est une mèche lente, mais ça prend. Il y en a marre de ce gouvernement qui se comporte en prestataire des capitalistes. »
Pour Alain Bocquet, la lutte des salariés de Total insuffle un « air nouveau dans les luttes du monde ouvrier », après une période de conflits portant davantage sur le montant de la prime de licenciement. Les « Total » montrent que les salariés ne sont plus disposés à voir l’outil de travail disparaître. « La prime que nous voulons, c’est la garantie de l’emploi et le réinvestissement des profits dans le développement du site », affirme un salarié. Alain Bocquet déroule les arguments qui plaident en faveur du maintien du raffinage à Dunkerque : « Total veut fermer en France pour faire fortune ailleurs, en laissant derrière lui un cortège de chômage comme avenir pour vous et vos enfants. On ne veut pas voir le Nord-Pas-de-Calais s’enfoncer à nouveau dans une spirale descendante. »
Pour les salariés comme pour les candidats du Front de gauche, le raisonnement de la direction sur les surcapacités de raffinage face à la baisse de la demande ne tient pas la route. « Pourquoi aurait-elle investi 85 millions d’euros en prévision de l’opération de maintenance prévue en mars, si nous n’étions pas rentables ? » interroge un syndicaliste, qui lance : « Les politiques doivent dire “stop au fric public” pour les entreprises comme Total qui n’en ont pas besoin ! » L’annonce de la prise en main du dossier directement par l’Élysée est un signal pour tous. « Pour eux qui ne voulaient pas que le social entre dans la campagne des régionales, c’est foutu », commente Marcel Croquefer, secrétaire du pôle chimie de la CGT du littoral dunkerquois. « Avant, Nicolas Sarkozy nous disait : “Quand il y a une grève, on ne s’en aperçoit plus.” Maintenant, il s’en occupe personnellement », ironise Alain Bocquet.
Dreux (Eure-et-Loir), envoyé spécial.
Quand le monde part à la renverse, on en voit de toutes les couleurs. Regardez à Dreux (Eure-et-Loir), par exemple : depuis hier matin, c’est le patronat en lutte qui occupe l’usine Philips Électronique grand public (EGP), avec le renfort d’une trentaine de vigiles et leurs chiens. Barricadés à l’intérieur, les dirigeants du groupe séquestrent l’outil de travail, interdisent l’accès aux locaux du comité d’entreprise ainsi qu’à la cellule de reclassement destinée aux 212 salariés qu’ils envisagent de licencier. Transformés en véritables otages de la grève patronale – un lock-out, selon la terminologie usuelle –, les ouvriers – des ouvrières, en fait, à plus de 70 % – organisent un « piquet de travail » sur le parking devant leur usine.
« Cette situation est invraisemblable » Vendredi dernier, ils sont partis pour un week-end comme un autre ; samedi, ils ont reçu chez eux un courrier les invitant « à ne pas se présenter à leur poste de travail, étant précisé que les rémunérations seront maintenues jusqu’à la fin de la procédure de plan de sauvegarde de l’emploi » ; et lundi matin, ils sont là, toujours pas licenciés mais éberlués de ne plus pouvoir remettre les pieds dans leur boîte. « Cette situation est invraisemblable, s’insurge, devant le portail, Catherine Germain, déléguée du personnel CGT. On ne peut même pas récupérer nos affaires personnelles. Et voilà qu’ils nous enferment dehors ! Pour nous, ça n’est pas terminé, mais eux, ils essaient de faire ce qu’ils veulent sans tenir aucun compte des lois en vigueur… » Une de ses collègues sort de sa poche une autre lettre reçue samedi aussi dans laquelle la direction liste, conformément à ses obligations légales, ses propositions de reclassement à l’intérieur du groupe. « Il n’y a qu’un type de poste disponible, c’est opérateur à 450 euros par mois à Szekesfehervar en Hongrie, démontre-t-elle. Il faut avoir l’esprit d’équipe, de la flexibilité, de la disponibilité et pratiquer la langue hongroise ! C’est beau, n’est-ce pas ? »
En milieu de matinée, près de 200 salariés ont participé à une assemblée générale au cours de laquelle ils ont adopté le principe d’une action en référé contre la direction de Philips : pour l’intersyndicale CGT-FO-CGC, il s’agit d’obtenir la levée du lock-out, qui constitue notamment une entrave aux libertés syndicales, mais surtout la suspension de la procédure de fermeture du site de Dreux. Depuis des mois, les représentants syndicaux tentent de replacer l’examen des comptes de leur entreprise, présentée comme perdant 1 million d’euros par mois, dans le cadre plus vaste d’une multinationale qui continue de faire des centaines de millions d’euros de bénéfices. Et, alors qu’elle a toujours évacué toutes les questions posées par les élus du comité d’entreprise et, pour certaines d’entre elles, par la direction départementale du travail et de l’emploi (DDTE), la direction de Philips prétend aujourd’hui que la consultation serait terminée, malgré le fait que le comité d’entreprise n’a pas pu dans de telles conditions émettre un avis sur le plan de fermeture.
« Estrosi, il ne faut pas qu’il nous fasse son numéro »
Un peu plus tard, dans les locaux syndicaux situés à l’extérieur de l’usine, c’est l’ébullition. Par voie de presse, Christian Estrosi, ministre de l’Industrie, a fait savoir qu’il comptait recevoir les syndicats et la direction de Philips Dreux dans la semaine, mais sur place, personne n’est au courant. « On n’a eu aucun contact avec lui, ricane Manuel Georget, délégué syndical CGT. Si c’est pour qu’il nous aide comme il a aidé les copains de Molex, ça ne nous intéresse pas ! » Pour Dominique Maillot, responsable de l’union locale FO, « Estrosi, il ne faut pas qu’il nous fasse son numéro, le pépère. Les organisations syndicales l’ont averti que Philips s’apprêtait à faire des horreurs, que le groupe était en train de redéfinir les règles encadrant le licenciement, mais le ministre persiste à considérer que tout est dans les clous… On va, j’espère, obtenir un cinglant démenti devant la justice ».
Selon le plan de la direction, les notifications de licenciement devraient partir d’ici à la fin du mois. Mais depuis hier, le pire n’est paradoxalement plus si sûr. La plupart des ouvriers de Philips à Dreux veulent encore y croire, en tout cas. « On n’a pas à payer un tel tribut, considère encore Manu Georget. Si on gagne en justice, on peut rouvrir la procédure. » L’audience en référé a été fixée mercredi à 14 heures au tribunal de grande instance de Chartres.
Les jours passent, les intentions du gouvernement pour la retraite se précisent. « L’âge légal, c’est une des pistes qu’il faudra aborder (…). Sans aucun doute, il faudra toucher à ce curseur », déclarait dimanche soir, au Grand Jury RTL-LCI-le Figaro, le ministre du Travail. À en croire Xavier Darcos, qui parle ici comme le Medef, il suffirait de reculer l’âge légal pour relever le niveau d’emploi des salariés de cinquante ans et plus, « bien moins bon (en France – NDLR) que dans les pays comparables ». Une façon d’escamoter la responsabilité des entreprises, leur politique consistant à faire des travailleurs âgés, une variable d’ajustement de leurs effectifs.
François Fillon, lui, dans un entretien au Figaro, indique que la question de l’allongement de la durée de cotisation « sera posée, tout comme celle des cotisations ». Pour répondre au problème de financement du système, le premier ministre juge en effet « toujours d’actualité » le principe, acté en 2003, « d’une hausse des cotisations retraite compensée par la baisse des cotisations chômage ». Habiller (un peu) les retraités en déshabillant les chômeurs… Au moment où l’on annonce l’arrivée en « fin de droits » de 600 000 demandeurs d’emploi, il fallait y penser ! Cette fausse solution est dictée par le dogme, auquel le gouvernement s’accroche, du refus de toute augmentation des prélèvements sociaux. Xavier Darcos a ainsi écarté l’éventualité de « taxer plus un certain nombre d’avantages fiscaux ou revenus du capital ». À part ça, « aucune question n’est taboue », prétend François Fillon, et en particulier « pas celle du calcul de la pension sur les six derniers mois de salaire dans la fonction publique », qui pourrait donc être remise en question moyennant la prise en compte « du fait que les primes ne sont pas intégrées dans le calcul pour les fonctionnaires ».
Une intersyndicale CGT-CFDT-Sud-FO appelle les salariés des raffineries françaises du groupe Total à faire grève à partir du 17 février pour défendre l’emploi et les investissements, a-t-on appris vendredi auprès de la CGT et de Sud.
"Nous appelons à un mouvement de grève reconductible à partir du 17 février sur tous les sites de la branche raffinage et marketing du groupe Total", a déclaré à l’AFP Charles Foulard, délégué CGT.
"Cet appel vise à soutenir les salariés de Dunkerque et à interpeller la direction générale sur l’avenir du raffinage en France qui passe par des investissements", a ajouté M. Foulard.
"Nous appelons aux blocages des expéditions dans les cinq raffineries en activité", a déclaré Philippe Wullens, délégué Sud.
Total possède six des douze raffineries françaises : Dunkerque, Gonfreville, Donges, Grandpuits, Feyzin et Provence.
Les syndicats du groupe pétrolier étaient réunis vendredi pour décider d’une action nationale, alors que l’avenir de la raffinerie de Dunkerque, actuellement à l’arrêt, est en suspens, et que la France comme d’autres pays européens se trouvent en surcapacité de raffinage.
Total a annoncé lundi qu’il reportait de six mois sa décision sur une éventuelle fermeture du site de Dunkerque, où les salariés en grève depuis le 12 janvier ont menacé de "prendre possession des lieux" si la direction ne redémarrait pas la raffinerie avant le 15 février.
Ce site emploie 370 salariés directs et 400 à 450 sous-traitants.
Total explique que l’arrêt du site de Dunkerque depuis septembre 2009 a été décidé pour faire face à une "baisse structurelle et durable de la consommation de produits pétroliers".
"Les évolutions attendues du marché ne permettent pas d’envisager aujourd’hui une amélioration de la situation", selon le groupe pétrolier qui s’est engagé "à garantir à chaque collaborateur un emploi chez Total".
Jeudi, le président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), Jean-Louis Schilansky, a qualifié la situation dans le raffinage de "critique".
Selon lui, il faudrait fermer 10 à 15% des 114 raffineries en Europe pour rétablir l’équilibre avec la demande.
En France, la consommation de produits pétroliers a reculé de 2,8% en 2009 et de 8,9% en dix ans, selon l’Ufip.
Mais pour Charles Foulard de la CGT, "certes la consommation baisse en Europe et aux Etats-Unis, qui étaient notre marché pour nos excédents, mais il y a aussi des choix d’investir dans les zones de croissance et de préparer la France à importer davantage de produits raffinés, notamment via le port de Marseille".
Dans ce contexte, "nous demandons une table ronde sur le raffinage français car la situation est extrêmement grave", a conclu M. Foulard.
Pénibilité
Communiqué commun Confédération, Fédération Cgt santé et action sociale
jeudi 14 janvier 2010A la veille du RDV 2010 sur les retraites, la reconnaissance de la pénibilité par un départ anticipé en retraite est plus que jamais urgente.
D’un côté Xavier DARCOS, ministre du Travail, parle « d’aborder sans tabou les questions de la pénibilité ». Au même moment la ministre de la Santé, Roselyne BACHELOT, par un chantage scandaleux au nom de la reconnaissance justifiée de la qualification, remet en cause la reconnaissance de la pénibilité pour les infirmières, les kinés, manipulateurs radio et assistantes sociales du secteur public. En échange de la reconnaissance du niveau de formation Bac +3 (licence) ces paramédicaux perdraient ainsi le bénéfice du départ en retraite anticipée à 55 ans.
Pourtant, tout justifie le maintien de ce dispositif : travail de nuit, travail posté, port des patients, produits toxiques, pénurie organisée de personnels, charge émotionnelle (souffrance, mort), responsabilités… Un cinquième des infirmières et un tiers des aides soignantes partent en invalidité avant l’âge de 55 ans sans compter les conséquences que cela peut avoir sur la qualité des soins apportés aux patients.
Ce n’est que justice sociale de maintenir la reconnaissance de la pénibilité dans ce secteur, de l’élargir aux salariés de la santé privée ainsi qu’à tous les salariés qui travaillent dans les mêmes conditions et dont l’espérance de vie moyenne est amputée de plusieurs années.
Le secteur de la santé, fortement féminisé, ressent de plus cette remise en cause comme discriminatoire à l’égard des femmes.
Pour toutes ces raisons, la Confédération Cgt et sa Fédération de la Santé/Action Sociale appellent les salarié(e)s, du privé comme du public, à se mobiliser pour le maintien et la conquête de cette reconnaissance de la pénibilité par un départ anticipé à la retraite
En annonçant d’éventuelles nouvelles sanctions contre les employeurs qui utilisent le travail illégal, M. Darcos, ministre du Travail, s’est positionné dans les discussions en cours avec le ministère de l’Immigration sur la situation des travailleurs sans papiers. Le fait que le ministère du Travail intervienne dans le débat est logique et correspond à l’attente que nous exprimions par une déclaration commune du 18 novembre. Toutefois, les propositions de M. Darcos, reprises par M. Besson, ne répondent pas aux problèmes soulevés. Elles comportent des aspects extrêmement dangereux et choquants.
L’amalgame entre le travail non-déclaré et la situation administrative des travailleurs migrants est abusif. L’essentiel du travail dissimulé ne concerne pas les travailleurs sans papiers. Ceux qui le sont, n’aspirent qu’à cotiser. Une grande partie des travailleurs sans papiers cotisent, paient leurs impôts et ne sont donc pas en situation de travail non-déclaré.
Un arsenal administratif et judiciaire existe pour réprimer le travail non déclaré. Les nouvelles mesures proposées ne doivent pourtant pas conduire à sanctionner les travailleurs mais à imposer aux employeurs de régler cette situation inacceptable.
Par ailleurs, la possibilité aux préfets de « fermer administrativement » les entreprises représenterait une sanction collective à l’égard de tous les travailleurs, déclarés ou non. Ce serait inadmissible, en particulier dans la situation économique et sociale actuelle.
Nous renouvelons notre demande de poursuivre les discussions engagées avec le gouvernement vers des solutions justes afin de protéger les victimes de ces abus en leur permettant de régulariser leur situation à partir de critères adaptés.
Marie-George Buffet, secrétaire nationale du PCF
C’est un événement d’une importance capitale car il s’agit de la première organisation syndicale de notre pays. La tonalité qui va sortir de ce congrès va jouer sur le mouvement social. A l’écoute du discours de Bernard Thibault, je sens une volonté revendicative et unitaire sur les grands dossiers, que ce soit l’emploi, les retraites et les services publics. Il y a une envie d’en découdre par rapport à ce gouvernement particulièrement réactionnaire. Nous avons, de par l’histoire, une relation particulière avec la CGT, mais nous avons depuis très longtemps maintenant décidé que chacun devait être dans son rôle. Ceci dit, nous avons besoin de travailler ensemble. À chaque fois que nous nous rencontrons au niveau national ou sur des revendications particulières, il existe des points de convergence dans les propositions.
Annick Coupé, porte-parole de l’Union syndicale Solidaires
C’est important de comprendre les débats qui animent la plus grande organisation syndicale française. D’autant que nous venons de vivre une année qui a connu de nombreuses mobilisations interprofessionnelles et intersyndicales. Et nous sommes encore dans une situation de crise, avec des dégâts sociaux dans le monde du travail qui ne cessent d’augmenter. Dans ce cadre, nous sommes curieux de connaître les perspectives d’action de la CGT à l’issue son congrès, dans le sens où nous pensons qu’il faudrait de nouvelles mobilisations rapidement et que la CGT peut être un pivot important. Nous serons attentifs au débat sur l’unité d’action, car nous constatons des convergences mais aussi des divergences, notamment sur le dossier des retraites qui nous attend en 2010

L’attaque du gouvernement contre l’Ecole, de la maternelle à l’Université, est massive.
Des milliers d’enseignants, de lycéens, d’étudiants, de parents sont mobilisés contre la suppression massive d’emplois dans l’éducation et la Recherche et contre les nombreuses réformes mises en œuvre par Nicolas Sarkozy et ses ministres qui touchent aux fondamentaux du service public national d’éducation et de formation : fin de la sectorisation scolaire, fichage des élèves, réforme de l’école élémentaire, du collège au lycée sur la base d’une refonte des programmes, autonomie et mise en concurrence des établissement.
A nouveau, le PCF se mobilise contre les suppressions de postes, la réforme de la formation des enseignants et pour l’obtention d’une meilleure revalorisation des salaires et amélioration des conditions de travail.
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