Une association des partis politiques de droite et de gauche sur la réforme des retraites annoncée par Nicolas Sarkozy ? C’est l’idée avancée, hier, par Laurent Wauquiez, secrétaire d’État à l’Emploi, au micro d’Europe 1, au travers de la proposition d’une « concertation la plus large possible ». « Il faut que les partis politiques fassent un peu de travail », a-t-il plaidé, leur demandant de faire preuve d’« un peu de courage » et de « moins de démagogie » (sic). En clair : la droite tente d’attiser le feu des divisions à gauche encouragées par les récents propos de Martine Aubry sur un possible recul de l’âge de la retraite à 61 ou 62 ans. Pour le gouvernement, face à la méfiance des Français (voir le sondage en encadré), il s’agit d’éviter que les revendications sociales ne trouvent relais dans un front uni de l’opposition. Et, au passage, de limiter l’ampleur d’une possible vague de gauche aux régionales.
Une stratégie qui ne semble pas prendre à gauche. « Le Parti socialiste demande au président de la République et au gouvernement de ne pas se prêter à un simulacre de négociation et de respecter les partenaires sociaux », a déclaré hier Benoît Hamon, porte-parole du PS, qui a mis en garde contre la tentation de faire « supporter le fardeau de la réforme sur les épaules des salariés et des retraités ».
Reste que la gauche est loin de parler d’une même voix sur le sujet. La proposition d’Olivier Besancenot d’une réunion unitaire de toute la gauche et de l’extrême gauche a été repoussée, hier, par le PS, par Lutte ouvrière et par les Verts, montrant les limites d’une posture simplement défensive de l’existant. Pour le PCF, un « front unitaire, social et politique le plus large possible doit être recherché », mais « pour promouvoir des solutions alternatives permettant le maintien à la retraite à 60 ans ». Il enjoint ainsi le PS de sortir de son « pas de deux préoccupant » entre le « travailler plus » ou le « moins de pension ». « Il existe d’autres solutions » comme de « taxer les revenus financiers des entreprises en fonction de leur politique en matière d’emploi et d’investissement », rappelle-t-il.
Alors que certains, parmi eux, s’étaient montrés plutôt ouverts sur le sujet, et persistent d’ailleurs à vouloir aborder, comme la CFDT, « tous les sujets relatifs aux retraites, y compris les questions d’architecture du système », l’ensemble des syndicats ont, dans leurs réactions au rapport du COR, retenu qu’un changement du système de retraite ne résoudrait pas son problème numéro un, le financement.
L’étude « montre qu’une réforme systémique, visant en particulier à transposer le modèle suédois, conduirait à une baisse importante du niveau des retraites », note la CGT. FO rappelle son « opposition » à une réforme systémique en comptes notionnels ou en points qui, suivant les projections du COR, pourrait entraîner une baisse des pensions « de 40 % en quarante ans ». La FSU fait observer que « les régimes en annuités tels que nous les connaissons ont, malgré leur diversité, un objectif commun, parfaitement lisible : assurer un revenu de remplacement à la cessation d’activité », et que les autres systèmes envisagés seraient « dégagés de toute obligation » en la matière. Attac, après avoir qualifié de « catastrophe » ce que donnerait un changement de système, insiste sur le fait que la question des retraites « ne sera pas résolue tant qu’on ne s’attaquera pas à la racine du problème : la répartition fondamentale entre revenus du travail (retraites incluses) et revenus du capital, qui est elle-même liée à l’emploi et à la durée du travail ». Une réalité « occultée », comme le note la FSU, par les débats sur la réforme systémique et sur le report de l’âge légal, qui, en vérité, « font le choix de la baisse des pensions sans oser l’assumer politiquement ».
Lu dans le Parisien du 25/01
Les députés PCF et Parti de gauche défendent les retraites
Qu’au nom du modernisme, le recul de l’âge de la retraite « soit le seul moyen de sauver notre système de retraite », alors que la productivité et les profits « battent des records », les élus « exigent » donc « une réforme du financement qui mette à contribution les revenus financiers des entreprises et des banques » et une politique de « création d’emplois et d’augmentation du pouvoir d’achat ».
Retarder l’âge légal du droit à la retraite, seul moyen d’assurer la pérennité d’un système dont la situation financière (10 milliards d’euros de déficit annoncés en 2010) appelle, sans doute aucun, des mesures d’envergure ? C’est, depuis des années, le credo du Medef, repris, depuis l’an dernier, par le gouvernement (Fillon, toutefois, renvoyant le sujet à 2012), et donc, désormais, par la leader du PS. Problème : aucune étude ne vient valider cette affirmation. Le Conseil d’orientation des retraites (COR) s’était penché sur la question en 2008. Il résulte de ses calculs qu’un décalage de l’âge légal à 61,5 ans ne permettrait de couvrir qu’un tiers des besoins de financement prévisibles à l’horizon 2020 (et seulement 9 % en 2050). Certes, en théorie, et à la différence de l’allongement de la durée de cotisation obligatoire, cette mesure n’impacterait pas négativement le montant des pensions. Le report de l’âge légal pourrait même avoir un effet positif sur la pension moyenne dans la mesure où, contraints de reporter la liquidation de leur retraite, les assurés auraient plus de possibilités d’atteindre le nombre de trimestres de cotisation nécessaires pour le taux plein, et où ils pourraient aussi améliorer le « salaire annuel moyen » (basé sur les 25 meilleures années) entrant dans le calcul de leur pension. En théorie seulement ! En pratique, et particulièrement dans une période de crise et de chômage de masse comme celle que nous vivons depuis plus de 30 ans, fixer le droit au départ à 61 ou 62 ans reviendra, pour beaucoup d’assurés, à allonger leur temps de chômage. Rappelons que, déjà, 6 salariés sur 10 ne sont plus en activité au moment où ils liquident leurs droits. Or le sujet peut être tourné et retourné dans tous les sens, la question de l’emploi demeure justement la clé du problème de la retraite. La CGT a fait le calcul : avec 4 millions d’emplois supplémentaires (soit, à peu près, le nombre de personnes actuellement écartées de l’activité…), la caisse de retraite recevrait la moitié de ses besoins de financement via les cotisations. La proposition avancée par le syndicat d’une réforme de la cotisation patronale, modulée selon la politique d’emploi et salariale de l’entreprise, favoriserait grandement une telle perspective. L’autre moitié du financement nécessaire pourrait être couverte en élargissant l’assiette aux revenus financiers des entreprises. Objets du véritable tabou du débat sur la retraite, de telles propositions rendent crédible le maintien de la retraite à 60 ans, sans porter atteinte au niveau des pensions.
Y aura-t-il encore quelque chose à « discuter » à l’ouverture du rendez-vous national des retraites, programmé par le gouvernement cette année ? Il avait déjà limité le champ des discussions à trois possibilités pour résoudre le problème du financement du régime général des retraites, dont le déficit devrait atteindre 10,7 milliards d’euros en 2010, et 14,5 milliards en 2013 : la hausse des prélèvements, la baisse des pensions, ou l’allongement de la durée de cotisation. Exit, d’entrée de jeu, la refonte du financement des retraites par l’élargissement de l’assiette des cotisations.
Dimanche, le secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, a assuré, sur Europe 1, « qu’aucun choix n’(était) fait a priori », en attendant « la concertation avec les partenaires sociaux ». Mais il n’a pas fait mystère de la préférence de Nicolas Sarkozy pour l’allongement de la durée de cotisation déjà fixée à 41 ans à partir de 2012. Les salariés devraient ainsi faire les frais des progrès de l’espérance de vie, en consacrant au travail les mois de vie gagnés. Un leurre pour les syndicats, qui ont répété, dans leur ensemble, leur opposition à une négociation pipée qui consisterait à jouer sur le paramètre de l’âge de la retraite, quand les seniors se retrouvent exclus de l’emploi bien avant soixante ans.
Une déclaration des plus surprenantes
C’est dans ce contexte tendu qu’intervient la déclaration de Martine Aubry, qui, à la surprise générale, a abondé dans le sens du gouvernement, dimanche, au grand jury RTL-LCI-le Figaro. Elle s’est dite prête à accepter le report de l’âge de la retraite « à 61 ans ou 62 ans », en échange d’avancées sur la « pénibilité » et « l’emploi des seniors » et du maintien de « la retraite par répartition ». « Si pour la première fois nous avons, depuis que Nicolas Sarkozy est au pouvoir, une réforme juste (…), je serai heureuse d’y contribuer », a déclaré la première secrétaire du PS.
Problème : « Il n’y a jamais eu de débat sur cette question au sein du PS », s’émeut l’inspecteur du travail, Gérard Filoche. « Je ne connais pas un texte voté collectivement qui ne défende pas la retraite à 60 ans. Je ne comprends pas, je tombe de l’arbre », confie-t-il à l’Humanité. Même tonalité chez Razzy Hammadi, secrétaire national, qui estime que le propos de Martine Aubry « n’engage ni le PS et son bureau national ni ses militants ». Dans la dernière position connue du bureau national du PS sur le sujet, le 29 avril 2008, ses membres réaffirmaient en effet : « Nous récusons, en l’état actuel, tout allongement de la durée de cotisation (…). Alors que l’âge moyen de cessation d’activité ne dépasse pas 58 ans et 8 mois et que plus de 60 % des salariés de plus de 55 ans sont évincés du marché du travail, nous souhaitons (…) la préservation de l’accès à la retraite à 60 ans. » De son côté, Benoît Hamon, porte-parole du PS, a relativisé la portée des propos de la première secrétaire. « Elle a dit que c’était un élément du débat », mais ce n’est « pas la position du PS » qui reste « attaché » à la retraite à 60 ans. Le PCF, lui, a regretté que Martine Aubry réponde « à l’appel au consensus de Nicolas Sarkozy ». « La droite n’avait pas besoin d’un tel renfort. (…) La retraite à 60 ans est un acquis social précieux pour tous les Français. Elle a besoin de toute la gauche pour être défendue », écrit-il.
La première secrétaire fait-elle un pas de plus dans la direction du Modem, auquel elle a récemment fait une offre publique de travail en commun en prévision des élections régionales, à rebours des positions qui lui ont valu son élection à la tête du PS ? Reste que certains ténors du PS s’engouffrent dans la brèche, à l’instar de Claude Bartolone, qui estime que la retraite à 60 ans doit être « le droit pour les salariés qui ont les travaux les plus pénibles ». De son côté, Manuel Valls appelle son parti à « évoluer » et suggère un « pacte national » entre gauche et droite. Quant au député Jean-Marie Le Guen, en charge de la protection sociale, qui doit rencontrer le ministre du Travail, Xavier Darcos, sur ce sujet, le 3 février, il demande, dans une lettre ouverte à Martine Aubry, de ne pas « refuser l’allongement de la vie au travail mais de le rendre réellement possible, acceptable, équitable ».
Sébastien Crépel
Rendez-vous Retraites 2010
Le mardi 12 janvier, un débat intitulé « Pénibilité, emploi des Seniors, âge de la retraite : quelle réforme en 2010 ? » était à l’ordre du jour du Sénat. A cette occasion, les ministres Darcos et Wauquiez ont donné un aperçu des mesures qui pourraient être prises dans le cadre du rendez-vous Retraite 2010.
Invoquant le vieillissement de la population française, le ministre du Travail a affirmé, sans le démontrer, que la seule issue permettant le maintien de la retraite par répartition était de « travailler plus longtemps », parce que l’on vivait plus longtemps. Cela montre bien le sens qu’envisage de donner le gouvernement à sa réforme. Pourtant, il existe des solutions qui non seulement permettraient le maintien de la répartition, mais surtout conduiraient à des améliorations, pour les retraités actuels comme pour les retraités futurs.
L’avenir des retraites appelle un tout autre niveau de débat, qui délaisse les affirmations péremptoires, voire les provocations, tels que formulées par les ministres au Sénat, en particulier à l’égard des fonctionnaires. Les fonctionnaires ne sont responsables des difficultés de financement de la retraite. C’est plutôt une politique qui privilégie toujours plus les dividendes des actionnaires au détriment de la protection sociale du plus grand nombre. L’avenir des retraites appelle surtout une intervention lucide et déterminée des salariés pour faire en sorte que le rendez-vous 2010 ne se traduise pas par de nouvelles et importantes régressions sociales.
Ainsi, la Cgt propose un ensemble de mesures qui portent sur les droits à retraite et sur les financements (voir ci-joint).
Propositions
La Cgt propose que soit confortée l’ouverture du droit à la retraite à 60 ans avec, pour une carrière complète qui intégrerait les années d’études et les périodes de précarité subies, un taux de remplacement d’au moins 75 % du salaire de référence (dernier salaire dans le public, 10 meilleures années dans le privé). Les travailleurs ayant effectué des travaux pénibles bénéficieraient d’un départ anticipé.
Elle propose également un élargissement de l’assiette de cotisation à tous les revenus du travail, aux revenus financiers des entreprises, ainsi qu’une modulation de l’assiette de cotisation en fonction notamment du ratio valeur ajoutée/masse salariale.
La Cgt rappelle que la question du financement de la protection sociale, dont les retraites, appelle une autre politique de l’emploi, d’une toute autre dimension que les « mesurettes » relatives à l’emploi des seniors, avec des dispositions véritablement efficaces pour l’emploi des salariés de 50 à 60 ans, comme pour celui des salariés de moins de 30 ans.
La Cgt propose enfin la création d’une maison commune des régimes de retraite qui aurait pour mission de solidariser les différents régimes en définissant et en promouvant des mesures de progrès social.
Montreuil, le 15 janvier 2010
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