le 15 Août 2010
Plus 3% en moyenne : une telle augmentation n'avait pas été enregistrée depuis juillet 2003 en ce qui concerne les ménages. Et si on y ajoute l'augmentation des tarifs aux entreprises (+4% à +5,5%), il n'y a pas d'équivalent dans les années 2000.
Les tarifs réglementés de l'électricité vont augmenter à partir de dimanche, avec des hausses variables en fonction des clients et du type d'abonnement et qui vont tourner en moyenne autour de 3% pour les ménages.
Le ministère de l'Energie a justifié ce relèvement, annoncé vendredi dans un arrêté paru au Journal Officiel, par la nécessité pour le groupe public d'électricité EDF d'assurer "l’intégrité du système électrique français", alors qu'il s'est lancé depuis quelques années dans une relance de ses investissements en France.
L'augmentation sera différente selon les cas. Pour les 27,5 millions d'abonnés au "tarif bleu résidentiel", elle devrait atteindre 3% en moyenne. L’impact sur la facture sera compris entre -2% et +5,7% pour 9 clients sur 10, assure EDF soit des hausses de facture ne dépassant pas 4 euros par mois (48 euros par an). Quelques "rares" consommateurs subiront toutefois une hausse de prix de 8%, reconnaît le ministère de l'Energie.
Les professions libérales, les artisans, ainsi que les entreprises, sont également concernés, avec des hausses moyennes de 4% à 5,5% selon les catégories.
sociologue, directeur de recherches au cnrs.
L a politique de sécurité depuis 2002 repose sur le mythe selon lequel la police va « éradiquer » la délinquance. Or la police n’a jamais pu et ne pourra jamais à elle seule régler les problèmes. Elle peut réguler, contrôler et réduire temporairement la délinquance, mais guère plus. Une filière de trafic de drogue peut être étudiée et démantelée. Mais si la politique de sécurité s’arrête là, une autre filière prendra sa place dans les mois suivants. Entretenir l’illusion d’une solution policière est même dangereux. Cela laisse croire qu’il suffit de renforcer les moyens répressifs. Or seule une action agissant sur les causes de la délinquance peut réduire durablement son niveau. Répression et prévention doivent donc marcher de concert, dans des temporalités différentes et avec des acteurs distincts.
Les « résultats » affichés par les ministres de l’Intérieur depuis 2002 ne doivent pas faire illusion. Si les statistiques de police baissent apparemment, cela ne doit rien à la « volonté politique » de tel ou tel. On peut d’abord obliger policiers et gendarmes à produire les « bons chiffres », en leur signifiant qu’ils y jouent leur carrière. C’est la « politique du chiffre » dénoncée aujourd’hui par tous. Ensuite, les grandes évolutions ont d’autres raisons. Ainsi la baisse centrale dans les statistiques de police est celle des vols de voitures. Messieurs Sarkozy ou Hortefeux n’y sont pour rien, mais les systèmes antivols des constructeurs sont de plus en plus performants. Et ils ne sont pas davantage responsables de la hausse des atteintes aux personnes, commencée elle aussi avant 2002. Cette hausse des enregistrements policiers ne reflète pas celle des violences réellement exercées, comme le montrent les enquêtes faites auprès des victimes. Elle traduit surtout une meilleure déclaration des violences, en particulier sexuelles, conjugales et scolaires. On dénonce de plus en plus ce que l’on tolérait jadis. C’est un progrès, mais ne soyons pas dupes de ses effets statistiques.
Pourtant friande d’articles sur DSK, la grande presse a passé largement sous silence le rapport que le FMI a publié le 15 juin dernier sur la France.
Ce rapport résume les constats préliminaires effectués par les représentants du FMI à l’issue de missions qui s’inscrivent dans le cadre des consultations périodiques de suivi de la situation économique.
A la lecture de ce document, si par malheur la France devait être réduite à réclamer l’aide du FMI, le calvaire libéral imposé par Nicolas Sarkozy ne serait qu’un avant-goût de la thérapie de choc imaginée par DSK…
Dans son rapport pour la France, le FMI vante la rigueur budgétaire tout en pointant les risques de contraction de la demande et donc de déficits qui vont en découler ! Il se réjouit des coupes sombres envisagées par Nicolas Sarkozy : « La maîtrise des dépenses sociales est cruciale. Les mesures de rigueur, notamment la poursuite de la réduction des effectifs des fonctionnaires (avec le non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux)… permettront de maîtriser la hausse des dépenses des administrations publiques ».
Le FMI indique aussi que « la réforme des retraites et du système de santé doivent constituer la pierre angulaire de la stratégie budgétaire de moyen terme ». Et il donne même des leçons de rigueur à Nicolas Sarkozy en mettant en garde la France contre la tentation redistributive : « il convient toutefois de résister aux pressions qui conduiraient à ne pas corriger les déséquilibres fondamentaux et à s’appuyer démesurément sur des mesures d’accroissement des recettes ».
Un comble quand on sait que les recettes n’ont cessé de diminuer depuis 10 ans, notamment avec les exonérations de cotisations patronales accordées indistinctement sans conditions à toutes les entreprises : celles dont la santé est florissante et qui délocalisent souvent comme celles qui ont des difficultés sérieuses (plus de 30 milliards d’euros par an, soit environ 20% des cotisations patronales) Sans oublier les 507 niches fiscales « officielles » qui représentent 70,7 milliards €, la cour des comptes estimant, quant à elle, le vrai montant de toutes les niches fiscales réelles à 146 milliards € !
Beaucoup plus que le déficit record du système de retraites estimé à 40 milliards € en 2018 !
Mais le FMI va encore plus loin. Il pointe qu’« en France, le marché du travail et le marché des produits se caractérisent par d’importantes restrictions ». Et il appelle carrément à de nouvelles régressions sociales : « réduire la dualité entre les CDD et les CDI » et poursuite de « la modération du salaire minimum (SMIC) ».
Un plaidoyer particulièrement indécent quand on sait que le Directeur général du FMI gagne 500 000 dollars nets par an, soit plus de 30 fois le SMIC chaque mois !
Les jeux d’esquive de DSK
Outre la Grèce, le FMI est intervenu dans trois pays de l’Europe de l’Est membres de l’UE : la Hongrie en octobre 2008, la Lettonie en décembre 2008, la Roumanie en mars 2009. Il est également intervenu dans deux pays de l’Est non membres de l’UE : l’Ukraine en 2008 et la Serbie en 2009
Partout, les conséquences sont les mêmes : libéralisation du marché, baisse des dépenses du secteur public, baisse du pouvoir d’achat pour des millions de salariés.
Le plan de rigueur draconien concocté par le FMI et l’UE pour la Grèce est particulièrement édifiant :
Cette liste n’étant évidemment pas exhaustive.
Aujourd’hui, DSK se dit « admiratif de l’extrême rigueur choisie par le gouvernement Papandréou » (Le Monde du 4 mai 2010) dont il est en grande partie, en réalité, l’instigateur.
Mais, comble de l’hypocrisie, DSK prétend que les mesures d’austérité sont toujours prises par les gouvernements eux-mêmes. Ainsi, dans l’émission « A vous de juger » de France 2 le 20 mai 2010, il affirmait ne pas avoir imposé au gouvernement roumain la baisse de 25 % des salaires des fonctionnaires.
Selon lui, il aurait dit aux dirigeants roumains : « Si vous avez besoin de faire des économies, vous augmentez les impôts, notamment pour les plus riches. ».
« Le gouvernement roumain nous a répondu : "Non, c’est nous qui décidons" »
Mais selon Libération du 8 juin 2010 le gouvernement roumain conteste vivement cette version : « La Roumanie ne dispose pas de suffisamment de riches pour partager avec tous les pauvres », selon le ministre des Finances, Sebastian Vladescu qui y voit un calcul politique : « Il veut se présenter à l’élection présidentielle française, il a fait une déclaration proche de la gauche. »
Le Président Traian Basescu a ajouté avec colère : « Si M. Strauss-Kahn a des doutes, je vais lui transmettre personnellement le papier que le FMI voulait faire appliquer par la Roumanie : une hausse de la TVA de 19 à 24%, une augmentation du taux unique d’imposition de 16 à 20% ainsi qu’une réduction des salaires dans le secteur public de 20% »
Demain, si DSK confirme son départ à la course présidentielle en 2012, il faudra qu’il s’explique un peu mieux sur son idéologie et son action au sein du FMI.
Car hier déjà, sous le gouvernement Jospin, il préconisait une baisse du taux supérieur de l’impôt sur le revenu au profit des très hauts revenus. Il défendait également une défiscalisation sans limite des stocks options et voulait accélérer la privatisation du service public.
La gauche est ainsi clairement prévenue contre l’erreur que constituerait le choix d’un tel candidat face à Nicolas Sarkozy en 2012. Et le PS aura du mal à apparaître crédible comme parti du changement d’autant qu’outre le Directeur du FMI, un autre « socialiste »,
Transform !, n°6, juin 2010
La revue Transform !, éditée par diverses organisations progressistes dont Espaces Marx, en France, livre ce mois-ci les réflexions de chercheurs et militants progressistes sur la crise. L’économiste grecque Maria Karamessini montre que les dirigeants nationaux ont mené une politique de relance par la demande, au début de la crise, qui a atténué le risque d’une hausse vertigineuse du chômage. Mais les politiques menées ne sont keynésiennes qu’en apparence. Maria Karamessini avertit : ce n’est là qu’une « parenthèse temporaire en situation d’urgence », une « gestion de la crise par la demande ». Il ne faut pas conclure à un changement d’orientation politique des dirigeants nationaux. Les décisions prises par les institutions européennes sonnent comme des « rappels à l’ordre ». D’autres articles cherchent à donner des perspectives à la gauche. Haris Golemis, directeur de l’Institut Nicholas Poulantzas, appelle la « gauche radicale » à ne pas se complaire dans une « satisfaction intellectuelle a posteriori » qui est loin d’être une victoire. La question posée est : « Comment la gauche radicale peut acquérir, dans nos pays, l’hégémonie politique ? » Il appelle à produire des « programmes crédibles », « soigneusement conçus quant à leur efficacité et leurs conséquences ». On lira également la contribution du membre de la direction du syndicat IG Metall (Allemagne), Hans-Jürgen Urban, qui exhorte à une « réorientation stratégique de la politique européenne des syndicats ». Les syndicats devraient promouvoir une réorientation, dessiner les contours d’une régulation démocratique du secteur financier, et une politique industrielle fondée sur un « développement à long terme ». Cela doit passer par une « politisation des larges masses » dans laquelle les syndicats ont un rôle à jouer.
Àl’heure du bilan de 2009, difficile de mieux signifier ce qui ne peut plus durer. Difficile de mieux faire comprendre qu’en dépit de bien des discours, les leçons de la crise n’ont pas été tirées, et que le système capitaliste, hormis quelques correctifs cosmétiques, a tout bonnement été remis sur ses rails « d’avant ». En cette fin décembre, l’indice du CAC 40 flirte avec les 3 900 points et affiche une progression de 22 % sur l’année. C’est « la bonne surprise de 2009 », s’extasie le Figaro. La Bourse de Paris s’inscrit ainsi dans un mouvement général enregistré sur les principales places européennes et d’outre-Atlantique au terme de cette année dite de crise : Bourse de Francfort, 21 %, Londres, 20 %, New York : 24 %…
Si l’on mesure leur évolution depuis le point le plus bas de l’année, atteint en mars, on constate que les marchés financiers ont rebondi de 60 %. Soit, paraît-il, une performance inédite depuis 1933. Et d’autant plus frappante qu’elle contraste violemment avec d’autres indices mesurant, ceux-là, les conditions de la vie « réelle » de nos concitoyens. Selon l’Insee, à fin novembre, on recensait 2,6 millions de chômeurs (4 millions, toutes catégories de demandeurs d’emploi confondues), soit une augmentation de 22 % en un an. Par-delà la correspondance exacte des chiffres de la Bourse et du chômage, la similitude des évolutions n’est bien sûr en rien fortuite.
Deux facteurs essentiels expliquent ce spectaculaire retour de confiance chez les « investisseurs », ces puissances d’argent qui font la pluie et le beau temps à la Bourse, et déterminent largement le sort des entreprises et de leurs salariés. En premier lieu, la décision des États d’injecter massivement de l’argent public pour sauver la mise des banques et des grands groupes, ceux-là mêmes qui avaient précipité le monde dans la crise. Coïncidence qui ne doit rien au hasard : c’est précisément au printemps, lorsque ces plans dits « de relance » ont été lancés, que les Bourses ont commencé à repartir vers les sommets. Le deuxième élément qui a « agréablement surpris les investisseurs » et « redonné un second souffle aux marchés, leur permettant de passer un bel été », dixit le Figaro, ce sont les résultats financiers des groupes au premier semestre, publiés en juillet : avec 21 milliards d’euros de profit pour le CAC 40, la cuvée, certes en net recul sur 2008, a en effet de quoi « rassurer » les investisseurs.
Gavées de capitaux par l’État
Ce qu’ils applaudissent alors, en relançant la spéculation sur les marchés, c’est la politique d’économies féroce, mise en œuvre par les groupes sur le compte des salariés, sous forme de liquidation d’emplois et de blocage des salaires, politique qui, précisément, leur a permis de maintenir leur profitabilité. Ainsi Renault et Peugeot, dont les « valeurs » affichent parmi les plus fortes hausses en Bourse (93 %), ont-ils annoncé respectivement des plans de suppressions de 9 000 et 6 000 postes, et fait plongé nombre de leurs sous-traitants, après avoir empoché 6 milliards d’euros d’aide publique… Chez Alcatel-Lucent, dont le titre a gagné 46 %, un poste sur six, parmi les 26 000 salariés européens du géant des télécoms, va disparaître en 2009-2010. ArcelorMittal, dont l’action est en hausse de 84,12 %, s’est targué de faire une croix sur plus de 9 000 emplois, après avoir réglé le compte de l’aciérie lorraine de Gandrange. Quant aux banques, elles n’ont, elles non plus, rien ménagé pour s’attirer les faveurs des investisseurs : BNP Paribas (88,95 % en Bourse) et Société générale (42,17 %), après avoir été gavées de capitaux par l’État, ont limité à 1 % l’augmentation salariale de leur personnel, une aumône au regard des pactoles, à peine écornés, distribués à leurs dirigeants et aux traders. Lorsque le bonheur de la Bourse se construit sur le malheur des salariés, sur cette dévalorisation brutale du travail qui est, véritablement, à l’origine de la récession, peut-on vraiment parler, comme nombre de nos indécrottables experts en libéralisme, de « sortie de crise » ?
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