IRAN



Iran : la révolte franchit un nouveau cap

Malgré 
la répression du régime, les manifestations 
se poursuivent. 
La question 
de la création 
d’un front pour coaliser toutes 
les forces d’opposition 
se pose. 
La protestation touche maintenant 
aux fondements mêmes 
du régime.

Huit morts  ? Quinze morts  ? Quel que soit le chiffre réel, le régime iranien a montré, dimanche, qu’il se souciait peu de la vie de son peuple pourvu qu’il garde le pouvoir. Pour la première fois, il a laissé la télévision d’État montrer des images des manifestations et il a officiellement reconnu qu’il y avait eu des morts. Pourtant, malgré le déploiement des forces antiémeute, le guide suprême, Ali Khamenei, et le président, Mahmoud Ahmadinejad – dont l’élection contestée a été le catalyseur de la protestation – ne sont pas parvenus à éteindre l’incendie qui semble se propager dans tout le pays.

nouvel embrasement

Hier, la tension demeurait palpable dans les rues de Téhéran. Plusieurs centaines de personnes ont été arrêtées, dont Ebrahim Yazdi, chef du Mouvement pour la liberté, organisation interdite, et ancien ministre des Affaires étrangères, ainsi que des jeunes communistes iraniens. Face à ce nouvel embrasement, le religieux réformateur Mehdi Karoubi a accusé les dirigeants iraniens d’être responsables de la mort de civils innocents. « Qu’est-il arrivé à ce régime religieux pour qu’il en vienne à ordonner que l’on tue des innocents en ce jour saint de l’Achoura  ? » a-t-il demandé.

La jeunesse iranienne, souvent issue de la bourgeoisie, qui composait le gros des troupes depuis le 12 juin dernier, a été rejointe par la frange des déshérités, ceux de la banlieue sud de Téhéran. Le pouvoir, qui avait cru pouvoir utiliser les vieilles ficelles provocatrices comme la destruction de portraits de l’ayatollah Khomeyni, a dû faire marche arrière face aux dizaines de milliers d’Iraniens portant le deuil de l’ayatollah Montazeri, un temps dauphin du fondateur de la République islamiste, puis opposant à la clique actuellement au pouvoir. Surgie lors de la contestation du résultat des élections, la protestation touche maintenant aux fondements mêmes du régime. Le pouvoir ne s’y trompe pas.

diviser ce mouvement

Il y a quelques jours, le guide suprême reprochait à Mir Hossein Moussavi le soutien que lui accordait le parti Toudeh (communiste), pourtant marginal. Jusqu’au ministre de l’Information qui, par deux fois, a expliqué que les opposants adoptaient la grille de lecture du Toudeh  ! Le pouvoir veut diviser ce mouvement qui pose la question de sa structuration et peut-être de l’avènement de nouveaux dirigeants. Sur le site roozonline.com, le journaliste Saeed Razavi Faghih, collaborateur à de nombreux journaux réformistes, emprisonné de longs mois, écrit ainsi  : « La réalité est que mettre simplement l’accent sur le respect de la Constitution n’est pas suffisant pour l’existence du mouvement de protestation en Iran. » Il en appelle à la création d’un front capable de coaliser tous les mouvements et toutes les énergies, « qui permettrait de combler le vide organisationnel par la coopération et l’unité et renforcerait le rôle et la position des leaders ».

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Dernière mise à jour de cette page le 30/12/2009