A six mois des régionales, Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, montre combien le paysage a changé depuis le scrutin similaire, en 2004 ; il s’explique sur la recomposition en cours, sur les potentialités et les risques ouverts par l’actuelle situation politique.
Communistes : Les européennes ont bousculé le paysage. Les grandes tendances de juin dernier sont-elles toujours à l’oeuvre ? Olivier Dartigolles : Oui. Lors des partielles, mais aussi dans les études d’opinion dont nous disposons, on retrouve ces caractéristiques. Les enquêtes, régionales ou nationales, indiquent une UMP qui plafonne à 30 %, avec un vrai problème pour trouver des réserves de voix pour le second tour. Cette droite, qui aime tant apparaître très dynamique, est donc confrontée à une réelle difficulté ; elle s’impose « par défaut » alors que la gauche, qui a un potentiel majoritaire, brille trop souvent par son « absence » et semble en quelque sorte « neutralisée ». Communistes : Que dire des autres forces politiques ? Olivier Dartigolles : Le FN semble en dessous de la barre des 10 % mais le jus politico-médiatique actuel pourrait faire le lit du populisme ; le Modem est en perte de vitesse ; on peut même penser que si cette donnée se confirmait, dans certaines régions il n’arriverait pas à passer la barre des 5 % nécessaires pour être en situation de fusionner. Les Verts, eux progressent, on l’a encore vu lors de la législative partielle de Rambouillet. Ils talonnent le PS et seraient en position de force si cette tendance se confirmait au printemps prochain lors des fusions de second tour. On peut imaginer qu’ils tentent des triangulaires dans l’espoir de ravir certaines régions. Communistes : Le PS ? Olivier Dartigolles : Il poursuit son érosion au profit, pour l’instant, des Verts. Cette tendance lourde est confirmée par les partielles mais aussi par les enquêtes qualitatives sur l’électorat socialiste. Ce n’est pas un trou d’air qu’il traverse mais un vrai décrochage, confirmé par l’état général de la social-démocratie à l’échelle européenne. Certes, lors de municipales ou de cantonales partielles, fort de son implantation, il peut progresser, mais dès que l’on passe au niveau national, les voyants sont au rouge. Or les régionales ont à la fois une dimension locale et une très forte dimension nationale. Communistes : Que disent les enquêtes des communistes ? Du Front de gauche ? Olivier Dartigolles : On sait que nous faisons du débat à gauche, du travail sur le contenu, dans le cadre notamment des ateliers, la priorité de notre action. Nous voulons qu’émergent des exigences fortes, bien à gauche, pouvant structurer un Front de gauche plus large. A l’heure actuelle, les études montrent un Front de gauche qui conforterait et amplifierait son score des européennes. Le CSA place le Front à 6 % et Opinionway à 8 %, soit 2 % de plus qu’aux européennes. Une bonne tenue donc, confirmée par le premier tour des partielles, cantonales, municipales ou législatives. J’ajoute que le NPA voit, lui, son influence s’effriter. Communistes : Et l’abstention ? Olivier Dartigolles : Elle reste une donnée forte. Communistes : Est-ce que l’évolution du rapport des forces n’apporte pas un certain éclairage de la réforme du mode de scrutin voulue par Sarkozy ? On comprend mieux les motivations de cette réforme pour les régionales/cantonales de 2014 ; il ne s’agit plus pour le Président d’encourager le bipartisme mais de permettre à une UMP à 30 % de garder le pouvoir, dans le cadre d’un paysage politique éclaté. Propos recueillis par Gérard Streiff
Pourtant, la mobilisation populaire peut être au rendez- vous comme vient de le montrer la votation pour La Poste. Quand les objectifs qu’on se fixe sont clairs, quand les gens ont le sentiment que c’est « jouable », qu’on peut y arriver, quand toute la gauche est en mouvement, quand ces conditions sont remplies, la dynamique est au rendez-vous.
Du haut de leurs palais, des sièges capitonnés des banques, de la Commission de Bruxelles ou des cénacles du G20, les puissants sont désormais obligés de pérorer sur l’indispensable « régulation économique ». Mais ils n’en font rien. Tout au contraire. Ils ont forcé de diverses manières le peuple irlandais à accepter le traité de Lisbonne. Celui-là même qui est la bible de la dérégulation sanctifiant la mortifère loi du « marché capitaliste ». Ils brocardent, tel cet ultraréactionnaire, M. Estrosi, avec un mépris digne de Marie-Antoinette, le peuple français qui vient, avec éclat, de faire connaître son attachement au service public de La Poste. Un minimum de bon sens démocratique devrait les conduire à entendre la force populaire qui vient de s’exprimer. Ils devraient comprendre que le peuple ne supportera plus les mensonges, comme cela a été le cas pour France Télécom et GDF. Les gouvernements avaient dit que l’ouverture de capital ne conduisait pas à la privatisation. C’est pourtant bien cela qui s’est produit ! Ils devraient entendre qu’un référendum s’impose. Et l’Europe, si elle était démocratique, devrait décider d’un moratoire sur l’application de la directive postale européenne. Qu’ils viennent dans nos campagnes écouter et entendre la puissance du cri d’alarme et de détresse que lancent les paysans, au bout du rouleau.
Leur utilité, leur belle vocation, qui sont de nourrir leurs semblables, sont bafouées, saccagées, anéanties. Ils n’ont cessé de travailler dur. Non seulement, ils n’arrivent plus à nourrir leurs familles, mais chaque jour qui passe se termine dans le cauchemar de la perte d’argent. Cent, deux cents, cinq cents euros de perte chaque jour pour certains d’entre eux. Bref, trimer plus pour perdre toujours plus. Tel est leur intolérable sort. Quel est ce monde abominable où les paysans crèvent ici, quand un enfant meurt de faim toutes les cinq secondes là-bas ! S’il en est ainsi, c’est parce que le lait, cet aliment complet déjà élaboré par le travail conjugué de l’homme et de la vache, n’est plus considéré comme une nourriture noble, mais comme un vulgaire objet de spéculation sur les marchés. Voilà pourquoi les instances européennes, au seul service des marchands, ont détruit l’idée d’un prix de base et démantèlent tous les outils de régulation de la production. Par contre, les prix à la consommation sont eux aussi libres… mais toujours à la hausse. Ainsi les producteurs comme les consommateurs se heurtent à un même mur, à un même ennemi : le capitalisme. Les paysans qui manifestaient hier en masse devant le Conseil européen à Bruxelles, ne s’y trompaient pas en brandissant ce mot d’ordre : « Ultralibéralisme = mort de l’agriculture ». Et la droite française porte cette lourde responsabilité d’avoir affaibli les producteurs face aux industriels et à la grande distribution avec cette fameuse loi dite « de modernisation économique » qui produit la pire des régressions sociales pour les paysans travailleurs. D’urgence, le gouvernement doit réunir une table ronde avec les syndicats paysans, les banques, les assurances pour des moratoires et la renégociation des emprunts et des aides de trésorerie. Les autorités européennes doivent mettre en place un fonds financier de soutien d’urgence aux agriculteurs. Le plus fondamental est la remise en place d’un prix minimum européen de base à la production et de maintenir la régulation par les quotas. La Commission et le Conseil européen avaient, hier, l’occasion de montrer un autre visage de l’Europe : celui de l’humanité. Ils ne l’ont pas fait parce qu’ils agissent pour les intérêts de leurs classes et de leurs castes. C’est contraire à l’intérêt général. Cela s’apparente à de la non-assistance à agriculteurs en danger. N’oublions jamais : il n’y a pas de vie sans paysans.
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le 13 juillet 2009
Deux cent vingt ans après la prise de la Bastille, les nouvelles bastilles sont un défi à la raison. Des centaines de millions d’hommes de femmes et d’enfants vivent avec moins d’un euro par jour, mais ce n’est pas tout. L’accès à l’eau, la pollution massive de l’air, l’accès aux soins, à l’éducation, la situation des femmes, des enfants, des minorités sont autant d’inégalités abyssales et souvent criminelles dans un monde dont on dit qu’il est devenu un village. Dans les pays développés, en France, comment peut-on justifier le fait que le PDG d’un grand groupe gagne trois cents fois plus que les salariés du même groupe ? Qu’est ce que l’égalité pour les salariés les plus modestes, les chômeurs, les jeunes passant de stage en stage et soumis à la précarité, les immigrés privés du droit de vote, les sans-papiers, les sans-logis ?
La crise a révélé les multiples scandales des parachutes dorés, des stock-options, des bonus phénoménaux que se servent les grands patrons et leurs cercles dirigeants. L’indignation semblait même avoir gagné le chef de l’État, pourtant leur ami, fronçant le sourcil, rehaussant ses épaules et forçant la voix. On a bien sermonné quelques têtes mais c’est reparti de plus belle, et surtout rien n’a changé dans ce qui est le fond du système. L’accaparement par un petit nombre des richesses produites par le travail du plus grand nombre. Cela s’appelle le capitalisme. Les rentes versées à ceux qui doivent tout au labeur des autres : cela s’appelle des dividendes.
Est-ce donc si évident ? Sans doute pas, car on a vite fait de réduire l’égalité à la lutte contre les inégalités, puis à la lutte contre les discriminations. Elles sont évidemment insupportables. Les écarts de salaires entre hommes et femmes sont scandaleux, comme sont scandaleuses les barrières dressées, à l’embauche, dans la vie, en raison des origines, du nom, des préférences sexuelles ou de toute autre expression de la diversité qui fait la richesse humaine. L’égalité, ce n’est pas l’uniformité, c’est au contraire la possibilité pour chacun d’être lui-même. C’est, pour emprunter à Marx cette formule par laquelle il définissait le communisme : « Le libre épanouissement des facultés créatrices de chacun sans étalon préétabli. » Ce qui veut dire aussi que l’égalité n’est pas seulement une réponse nécessaire et urgente aux injustices mais le développement de la liberté de chacun.
Nicolas Sarkozy et le patron des patrons européens, Ernest-Antoine Seillière ont singulièrement les mêmes mots, à peu de choses près, pour opposer égalité et liberté. C’est une vieille lune de la pensée libérale et réactionnaire. On peut s’étonner, du reste, qu’elle vienne dans la bouche du président de la République, quand Égalité et Liberté sont avec la Fraternité la devise précisément de la République. Elle ne lui convient pas ? Mais liberté et égalité forment bien un couple indissociable, dont la fraternité pourrait bien être le rejeton. Les trois termes, dans leur tension, dans leur devenir, expriment cette communauté des hommes, se reconnaissant tous comme des sujets libres et associés dans la prise en charge de la chose publique et la construction d’une humanité commune. C’est bien ce qu’entendait Jaurès quand il écrivait que l’Humanité est à venir.
Il n’est pas un pouce de la planète désormais qui échappe à l’exploitation de l’homme par l’homme et à l’épuisement des ressources de la planète par la course au profit. Mais le capitalisme modernisé n’est pas la modernité. Il est ce qu’il faut dépasser, dans la conquête permanente de nouveaux droits, de nouvelles libertés. Les hommes naissent libres et égaux en droits. Ce n’est pas un constat. C’est une affirmation et un programme d’action
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