L' EUROPE


Austérité : contestations en Espagne et en Italie


A l’appel des syndicats, des milliers d’Italiens sont dans la rue pour dénoncer la rigueur toujours plus étouffante dont ils sont les victimes. Les Espagnols eux commencent à défiler à partir de 18 heures.

Ils sont des dizaines de milliers, unis, porteurs du même mot d’ordre, de la même colère : non à l’austérité, non à la règle d’or. Et leur gouvernement respectif, non contents de plonger leur population dans une austérité de plus en plus dure, se tirent dans les pattes entre eux. A Madrid, on accuse ainsi la Grèce et l’Italie d’être la nouvelle cause de « la panique des marchés ».

Berlusconi avait promis cet été une coupe de pas moins de 95 milliards d’euros, pour tâcher d’atteindre l’équilibre en 2013. Mesure que le sénat italien examine ce mardi. Pire, Berlusconi et son gouvernement se sont enfermés à Rome pour discuter de comment aggraver la situation : hausse de la TVA, nouvelle attaque sur les retraites, aucune injustice sociale n’est épargnée.
"C'est un plan que ce pays ne mérite pas", "nous sommes au bord de l'abyme, nous avons besoin d'un gouvernement responsable", a déclaré la numéro un de la CGIL, le syndicat majoritaire italien, Susanna Camusso. C’est à l’appel de la CGIL que des centaines de manifestations ont lieu depuis ce matin dans toutes les villes du pays. De très nombreux italiens sont également en grève ce mardi. Et enfin, la gauche italienne s’est jointe au mouvement.

En Espagne, c’est plus directement la règle d’or qui est ciblée dans la mobilisation du jour. C’est à l’appel des deux grands syndicats : Le CCOO et l’UGT que les travailleurs espagnols se rassemblent, et espèrent bien être rejoins par les Indignados, qui ont déjà exprimé dans la rue leur rejet de la réforme. Les syndicats réclament un référendum.


REFONDER L’UNION EUROPEENNE POUR UNE EUROPE AU SERVICE DES PEUPLES


Déclaration de Pierre Laurent, président du Parti de la gauche européenne (PGE), de Marisa Matias, Maïté Mola, Grigore Petrenco et Alexis Tsipras, vice-présidents du Parti de de la gauche européenne, à l’occasion du Sommet des chefs d’Etat (Bruxelles, 17 décembre 2010)



La résolution du Sommet de Bruxelles, ce vendredi 17 décembre 2010, enclenche la procédure de révision simplifiée du traité de Lisbonne pour faciliter la mise en place du « Mécanisme européen de stabilité », devant aller au-delà de 2013 et mettant les économies nationales sous tutelle de la BCE et de la Commission. Autrement dit, les premiers dirigeants des États membres acceptent la mise en place des mécanismes de sanction qui visent à intégrer les économies en danger des pays membres dans un système de surveillance, d’austérité permanente et à précariser leur situation sociale. Une telle perspective ne peut pas être adoptée sans que les peuples soient consultés et se prononcent éventuellement par voie référendaire.

Le plan de sauvetage des banques fait aujourd’hui payer la crise du capitalisme financier aux peuples, aux salariés européens, par des politiques d’hyperaustérité, de baisse de salaire, d’augmentation du chômage et de la précarité, et de réductions drastiques des dépenses publiques mises en œuvre par des gouvernements de droite et sociaux-démocrates. La mise en concurrence des peuples nous en connaissons le résultat : l’Union européenne compte déjà plus de 23 millions de chômeurs, 80 millions de pauvres et la mal-vie progresse. Cette progression, sans précédent, de la pauvreté touche particulièrement les femmes et les populations déjà les plus fragilisées. Et, partout, les migrants sont traités de façon indigne et sont victimes de politiques répressives honteuses.

Alors que, de toutes parts en Europe, les salariés, les peuples, manifestent explicitement leur rejet de cette politique régressive, le Sommet des chefs d’État entérine une logique de la loi du plus fort qui conduit à aggraver les inégalités entre les peuples et dans chacun de nos pays.

Sortir l’Europe, c’est-à-dire : sortir les peuples, de la crise aiguë que nous traversons exige, tout au contraire, une politique de relance de l’emploi dans nos pays, la souveraineté économique, politique et, donc, budgétaire des États membres et l’activation de mécanismes de solidarité.

L’Europe est à la croisée des chemins et le Parti de la gauche européenne, regroupant près de 30 formations politiques de pays membres et non-membres de l’Union européenne, veut contribuer au développement des résistances et à leur convergence pour mettre un coup d’arrêt à ce qui n’est qu’une fuite en avant des dirigeants politiques aux ordres de la finance. Alors que les artisans du traité de Lisbonne contribuent à tuer l’idée européenne, nous, nous voulons au contraire lui donner le sens auquel nos peuples aspirent.

Nous nous félicitons et soutenons pleinement la démarche de la Lettre ouverte à Angela Merkel et Nicolas Sarkozy pour la taxation des transactions financières de15 personnalités européennes syndicales, associatives et d’ONG éminentes (16 décembre). Nous préconisons également une réorientation des missions de la Banque centrale européenne pour faire reculer la toute puissance des marchés financiers. Le Parti de la gauche européenne entend se saisir (et ce, sans pour autant revenir sur sa position quant au traité de Lisbonne) de l’instrument dit d’« initiative citoyenne », adopté ce 15 décembre par le Parlement, afin d’imposer, au premier plan du débat public européen, l’exigence de la mise ne place d’un Fonds européen de développement social.

Un Fonds européen de développement social qui, a contrario du plan dit de stabilisation financière, appuierait les États membres consacrant leurs investissements publics à l’emploi, la formation et la recherche, au développement des services publics et à la réalisation d’infrastructures utiles, en particulier, dans le domaine de l’environnement. L’euro pourrait devenir un instrument de coopération monétaire entre les peuples et servir à la création et au partage des richesses, au développement partagé et à la satisfaction des besoins sociaux.

C’est par la défense et la conquête de droits sociaux et démocratiques, une totale maîtrise par les peuples de leurs choix économiques et politiques que nous sortirons, par le haut, de la crise actuelle.

Le Parti de la gauche européenne appuie toutes les mobilisations populaires européennes, notamment la grève générale qui s’est déroulée en Grève et celle qui va se tenir, ce 18 décembre, en Espagne

Paris, le 18 décembre 2010.



« L’UE doit respecter la souveraineté des peuples »

Denis Collin est philosophe, auteur du Cauchemar de Marx. Éditions Max Milo, 2009.

Avec la crise, on voit l’Union européenne prôner des politiques de plus en plus autoritaires. Qu’est-ce qui, dans la construction européenne, empêche les peuples de déterminer quelle politique ils entendent mettre en œuvre  ?

Denis Collin. L’Union européenne (UE) a été conçue comme une machine pour se débarrasser de la souveraineté populaire. L’épisode du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen en est une excellente illustration. Espace de simple coopération au moment du marché commun, l’UE est devenue, entre 1989 («  le grand marché  ») et 1992 (le traité de Maastricht), une autorité qui a pour fonction le pilotage de l’économie par l’application de la loi de la concurrence et non faussée.La construction européenne ne pourrait découler que du vieux principe de Jean-Jacques Rousseau  : «  Que le peuple se fasse peuple.  » Cela pourrait déboucher sur une confédération libre de nations. Mais la construction européenne actuelle est exactement le contraire. L’évolution de la Belgique est très inquiétante puisqu’elle pourrait se produire dans d’autres pays, par effet de contagion. On nous promettait un dépassement universaliste de la nation et nous avons un repli identitaire ethnicisant, encouragé par les instances européennes qui prônent l’Europe des régions.

Sur quelles bases construire une Europe respectueuse de la souveraineté des peuples  ?

Denis Collin. Il existe un problème  : l’Europe ne constitue pas une nation. Une Europe qui respecterait la souveraineté des peuples serait une Europe qui respecte la souveraineté des nations. Sur le plan extérieur, la souveraineté passe par une politique étrangère. Beaucoup de gens sont européistes, notamment les anciens, pour l’unique raison qu’elle évite la guerre. C’est de là qu’il faut partir. Cela signifie une politique étrangère commune qui n’existe pas aujourd’hui. Il serait nécessaire de se mettre d’accord sur un traité de paix perpétuel et quelques grands principes  : la non-ingérence, chaque nation doit être libre, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, le refus des guerres d’agression, de toute forme de colonisation, une réforme de l’ONU.

À horizon prévisible, l’Europe ne peut être qu’une confédération de nations libres. Donc les lois communes ne doivent pas mettre en cause les particularités nationales. Les lois européennes imposent la concurrence. On ne peut détruire notre système de protection sociale au motif qu’il faut qu’il entre en concurrence. Si d’autres veulent manger des OGM, libre à eux. Si nous n’en voulons pas, pourquoi l’Europe nous l’imposerait-elle  ?

Denis Collin. De la même façon, on a le droit de faire ce que l’on veut de nos impôts. Si l’on décide que notre argent doit servir à la relocalisation de l’industrie, on fait ce que l’on veut de notre argent. Le contrôle des finances publiques par les citoyens, c’est l’article 14 de la Déclaration des droits de l’homme. Si les parlements doivent faire viser préalablement le budget par la Commission européenne, on peut dissoudre le Parlement, qui n’est plus qu’une chambre d’enregistrement.

Pour éviter le dumping, n’a-t-on pas besoin de règles communes  ?

Denis Collin. Si l’on ne veut pas de dumping, il faudrait un salaire unique. Cela semble peu plausible à un horizon prévisible, même s’il ne faut pas négliger la hausse des niveaux de salaires à l’Est. Pour être dans l’UE, il existe un certain nombre de conditions à respecter  : la liberté syndicale. En ce qui concerne les niveaux de salaires, il faut laisser jouer les conditions locales, laisser agir les syndicats. On n’a pas besoin d’un tas de réglementations. Le problème, ce sont toutes ces normes qui visent à imposer une concurrence là où elle est mauvaise et là où chaque pays cherche à se défendre. Il n’y a pas de raison que la France renonce à défendre son industrie automobile. Le coût du chômage, de la destruction de l’industrie, qui le supporte  ? Je veux bien la concurrence, mais il faut prendre en compte tous les coûts. On ne prend en compte que les gains du capital, et les coûts globaux pour la société ne sont pas pris en compte.

Entretien réalsié par Gaël de Santis

Comprendre la crise en Europe, pour des luttes efficaces

Dans cette table ronde, les responsabilités de l’Union européenne dans la crise ont été passées au crible, sans jamais perdre de vue la nécessité de proposer dès aujourd’hui des alternatives.

Coanimée par le directeur de la rédaction de l’Humanité, Patrick Apel-Muller, et Hélène Ceresole, responsable du service international du quotidien grec Avghi, la première table ronde du forum avait pour objectif de poser le diagnostic de la crise. Au cours de ces deux heures d’échanges, c’est une palette assez complète des différentes critiques existantes du système capitaliste mondial qui s’est exprimée. Ouvrant la série d’interventions, l’eurodéputée socialiste Pervenche Berès a insisté sur le fait que la crise européenne ne peut être considérée comme une simple résultante de la crise américaine des crédits immobiliers hypothécaires. « L’Europe est complice  : nous avons offert aux banques américaines le “marché intérieur” », a-t-elle expliqué. « C’est le type même de construction européenne qui est en cause », a fait valoir Yves Dimicoli, de la commission économie du Parti communiste. « L’Union européenne a elle-même contribué à l’accumulation de capitaux ayant débouché sur l’ébranlement financier de 2008, qui s’est propagé depuis les États-Unis », a-t-il développé, à l’appui d’une critique très étayée de la politique de l’euro fort et de la course effrénée à la baisse des coûts salariaux. Dans ce contexte, il ne s’agit pas de demander un peu plus de régulation, mais bien de « renverser le pilotage en faveur du social », dira un peu plus tard, au cours de la discussion, l’économiste communiste Paul Boccara, présent dans la salle. Pour sa part, Jacques Généreux, professeur d’économie à Sciences-Po Paris et secrétaire national du Parti de gauche, a battu en brèche un certain discours médiatique tendant à présenter la crise comme une sorte de « complot de spéculateurs ». « Les traités ont été faits pour que les États soient placés sous la tutelle des marchés financiers », a-t-il avancé, avant de fustiger le plan dit « de sauvetage » de la Grèce  : « Une saignée appliquée à un patient en hémorragie  ! » Et de décortiquer le subterfuge  : « Avec les exonérations fiscales pour les hauts revenus, les gouvernements ont gonflé artificiellement la dette publique pour maintenant expliquer aux gens qu’ils vivent au-dessus de leurs moyens. » « Les peuples sont invités à payer les frais d’une fête à laquelle ils n’ont pas participé », a estimé, dans une perspective assez proche, Kostas Vergopoulos, professeur d’économie à l’université Paris-VIII. « Les États tentent de profiter de la crise pour renforcer l’austérité  : on demande aux travailleurs qui ont déjà payé pour cette construction européenne de payer maintenant pour ses conséquences  ! » s’est exclamé Nasser Mansouri, le responsable de la commission économie de la CGT, après avoir évoqué « des années de pression sur le travail ». Avec l’Acte unique de 1986 et l’élargissement de 2004, « le choix a été celui de la concurrence entre États pour créer une zone de libre-échange ouverte à tous les vents », a expliqué Pierre Khalfa, porte-parole de l’union syndicale Solidaires et membre du conseil scientifique d’Attac, avant d’inviter, comme en écho au propos de Nasser Mansouri, à ne pas perdre de vue que « la baisse de la part salariale remonte à bien avant les politiques de libre-échange ». Autrement dit, la lutte contre le libre-échange est nécessaire, mais non suffisante. De son côté, Pierre Laurent, le coordinateur national du PCF, a concentré sa critique sur ce qu’il a appelé « une forme de déni démocratique permanent » ou encore « l’application à géométrie variable de la loi européenne ». En effet, face aux revendications sociales, les promoteurs de l’Union européenne actuelle invoquent constamment les traités, mais lorsqu’il s’agit de sauver le système financier, ils savent s’affranchir des points susceptibles de les gêner dans ces mêmes traités. L’essentiel de l’échange avec la salle a porté sur les alternatives, anticipant ainsi sur les deux dernières tables rondes du forum. La question d’une sortie de l’Union européenne est venue dans le débat. « Ce serait déserter la bataille pour la réorientation de l’Union européenne », a notamment répondu Yves Dimicoli. « Il faut se placer dans la perspective de gagner des marges de manœuvre politiques partout, à l’échelle européenne comme nationale », a plaidé pour sa part Pierre Laurent.

Quelle Europe nouvelle pour sortir de la crise ?

RAPPEL DES FAITS

Les 4 et 5 juin s’est tenu à la Mutualité, à Paris, un forum organisé à l’initiative de Patrick Le Hyaric, du groupe Gauche unitaire européenne-Gauche verte nordique au Parlement européen, en partenariat avec l’Humanité-l’Humanité Dimanche, le journal grec Avgi et la radio Sto Kokkino

Dans les rues d’Athènes, le 5 mai, une banderole fleurissait. Les illustrations qui l’ornaient ? La une de l’Humanité du 29 avril, portant le titre « Grèce, Portugal… Les marchés contre les peuples ». Quelques jours avant, la pétition de soutien au peuple grec, lancée par le journal, avait rencontré un fort écho. Des quotidiens et hebdomadaires, des radios, des télévisions avaient expliqué en quoi elle portait un changement fondamental de la logique dans laquelle l’UE se construit : au profit des marchés, au détriment des peuples. Des peuples européens qui ne cessent de payer le prix d’une crise qu’ils n’ont pas provoquée. En Roumanie, en Grèce, au Portugal, en Espagne, en France et même en Allemagne, un seul mot semble traduire la pensée des dirigeants européens : austérité. Sous prétexte de respecter à la lettre les critères d’un pacte de stabilité consécutif au traité de Maastricht, voté en 1992, ils ont l’oeil rivé sur les déficits publics. Et les « marchés » en profitent, prenant prétexte de la moindre baisse des notes attribuées aux États par les agences de notation pour attaquer l’euro et exiger des garanties – comprendre un désendettement, quel qu’en soit l’impact sur la croissance. Sûrement, l’UE entre dans la récession. Les taux de chômage augmentent : en avril, il atteignait 12,3 % en Grèce (contre 9,2 % en avril 2009), 19,7 % en Espagne (contre 17,7 % un an auparavant), 10,1 % en France (9,3 % il y a douze mois), 10,8 % au Portugal (9,2 % un an avant). Et ce ne sont là que les chiffres officiels, masquant le « chômage caché ». Le bâtiment s’effondre. L’inflation grimpe. La spirale de la paupérisation est en marche. L’austérité serait-elle donc la seule voie possible ? Non, ont répondu les voix réunies lors du forum. Non, donc, mais en plus, toutes ces voix ont suggéré des alternatives : du rôle de la BCE à l’importance des services publics, de la nécessaire coordination des actions syndicales à l’importance de la présence forte de la gauche dans les enceintes politiques, de multiples pistes ont été explorées. Riche, ce débat se poursuivra : à la Fête de l’Huma, en Grèce, en Allemagne… Pour que l’Europe retrouve SA voix : celle des citoyens.

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Commentaires (1)

1. LACOUR 15/07/2009

Bonjour,
Je m'en doutais et peut être naïvement je n'osais y croire. Eh oui une fois de plus (car décidément)cela devient une triste habitude les socialistes ont bien voté avec la droite. Résultat une homme de droite (la droite pure et dure) qui affiche clairement ses positions a été élu à la tête du parlement européen. Merci les socialistes et les verts!! où sont les beaux discours de M. AUBRY? c' est toujours difficile de tenir un double langage. La dernière leçon des européennes ne leur a pas servi.
Comment voulez vous aujourd'hui que nous décidions de partir avec de telles formations pour les élections régionales?
Il y a encore un sacré bout de chemin à parcourir!! Oui l'union à gauche est un long combat mais d' autre part je pense que par moment il faut se poser des questions Qu'elle union voulons nous? Sur un programme clair, un programme social! dans lequel les femmes et les hommes sont au coeur de nos préoccupations, et non pas la rentabilité financière, la course aux profits.

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