crise du capitalisme

 

 

Silvio Berlusconi, au parlement italien à Rome, le 14 septembre 2011


La note dégradée d’une Italie dégradée


L’agence de notation Standard & Poor’s a abaissé la note de la dette publique italienne. Elle met en cause les difficultés dans la majorité parlementaire de Silvio Berlusconi.

Les agences de notation n’aiment ni la démocratie ni les crises politiques. La note de la dette italienne a été dégradée, lundi, par l’agence Standard & Poor’s. Cette décision reflète la crainte d’une contagion de la crise de la Grèce à l’Italie, dont la dette avoisine 120 % de son PIB. Un défaut de paiement italien serait une catastrophe pour tout le système financier du Vieux Continent.

C’est « l’affaiblissement des perspectives de croissance économique » et le fait que « les différences de politiques au sein du Parlement vont vraisemblablement continuer de limiter la capacité du gouvernement de répondre aux évolutions économiques qui justifient la décision de Standard & Poor’s, indique un communiqué.

Pour l’agence, le débat budgétaire est source d’incertitude. Si l’exécutif de Silvio Berlusconi est parvenu à faire adopter deux plans d’austérité cet été, l’un en juillet, l’autre en septembre, certaines questions restent en suspens. Par exemple : le recul de l’âge de départ en retraite, refusé par la Ligue du Nord dont les voix sont nécessaires à la formation d’une majorité parlementaire. Pénalisé par sa participation au gouvernement, le chef de la Ligue du Nord, Umberto Bossi, a une nouvelle fois, dimanche, menacé une sécession du nord de la Péninsule : « Un peuple important comme le nôtre ne peut pas être contraint de financer le reste de l’Italie. »

À cela s’ajoutent les difficultés liées à la personne même du Cavaliere, dont la cote de popularité s’effondre. Les écoutes téléphoniques rendues publiques dans l’affaire des escort-girls sont édifiantes. « J’avais une file devant la porte, elles étaient onze, mais je m’en suis fait seulement huit parce que je n’en pouvais plus », aurait déclaré avec élégance Silvio Berlusconi en 2009. Plus récemment, il indiquait n’être président du Conseil qu’à « ses heures perdues ».

Le gouvernement a réagi hier à l’annonce de S&P en estimant que « les évaluations (...) semblent plus dictées par les articles des quotidiens (d’opposition) que par la réalité des choses ». L’opposition réclame la démission du Cavaliere. Le porte-parole de la Commission européenne, Amadeu Altafaj, emboîte, lui, le pas à l’agence : « Il y a clairement la nécessité d’avoir un consensus politique national. »

 

 


 

Plongeon des bourses entraînées par les banques

Panique, hystérie, affolement ; encore une journée de crise sur « les marchés ». Les bourses européennes chutent violement, entraînées par un gros boulet bien lourd : les banques.

Aujourd’hui, le monde de la finance s’est aperçu que la Grèce risquait de faire défaut de paiement. Une phobie contagieuse se développe, dès qu’on prononce le mot « Grèce », les marchés ont envie de sauter par la fenêtre ou de se tirer des balles dans le pied. Surtout qu’ils ont finalement réalisé que des banques françaises possédaient une belle part de la dette hellénique (et encore plus de dette italienne, mais il ne faut pas leur dire) : la Société Générale, qui est décidemment de tous les bons coups, la BNP et dans une moindre mesure le Crédit Agricole.

Et l’agence de notation Moody’s décide là-dessus de menacer les trois banques concernées de baisser leur fameuse note. Ce qui logiquement les fait chuter encore plus vite, pour perdre à l’ouverture des Bourses 10% (Société Générale et Crédit Agricole) jusqu’à 15% (BNP). Les trois banques faisant partie du CAC 40, elles ont amplement participé à la chute matinale dudit indice.

Crise d’hystérie passagère ? Peut être, mais à force d’en avoir une par semaine, on peut appeler ça krash. Un autre. La chute des banques est violente, leur valeur boursière est passée sous le gouffre atteint au pire moment de la crise des subprimes, au moment où il a fallu les renflouer à coup de milliards d’argent public. L’action de la Société Générale est passée de plus de 140 euros à 15 euros, en quatre ans. 110 milliards d’euros de capitalisation partis en fumée.

Plutôt que de ne traiter des crises au jour le jour, et pour montrer que les marchés ne sont pas lunatiques mais durablement en crise, des petits graphiques sur quatre ans permettent de mieux se rendre compte de la constance de la chute.

L'évolution de la valeur boursière de la Société Général, d'avril 2007 à aujourd'hui.
4 ans et demi de la Société générale (sur Boursier.com)

Et l'ensemble du CAC 40 sur la même période. C'est assez similaire, en moins catastrophique sur la fin. Preuve qu'aujourd'hui, c'est bien les banques qui tirent l'indice vers le bas.

4 ans et demi de CAC 40 (sur Boursier.com)

S'il y a un indice qui a exactement la courbe inverse, c'est bien le cours des CDS, ces outils financiers qui permettent de s’assurer contre les faillites (d'entreprises et d'états). Preuve que les marchés "paniquent" durablement et avec régularité... Et qu'ils ont trouvé comment spéculer sur la faillite des autres.

 


 

Plan de rigueur : les élus UMP protègent leurs intérêts


Le plan d’austérité présenté dans l’urgence par Fillon est attaqué de partout dans son camp. Preuve s’il en est besoin de l’absence de concertation qui règne au gouvernement et de la puissance des lobbys.

Les parlementaires sont réunis aujourd’hui jusqu’à mercredi en session extraordinaire pour discuter du projet de loi de finances rectificative proposé par Fillon. Et ce projet est attaqué de toutes parts, notamment par la majorité. Soumis aux pressions de leurs intérêts et lobbys locaux, les députés UMP s’insurgent chacun contre leur petite mesure. Dernier en date, Le maire de Nice Christian Estrosi qui s’oppose avec virulence à la taxe de 2% sur les nuits passées en hôtels de luxe. Son répondeur doit déborder de messages des patrons de palaces de la Côte d’Azur et il s’est fait leur porte-parole à l’Assemblée. Ironie, cette taxe devait remplacer celle sur les celle sur les parcs d’attraction à thème, elle pourfendue par Jean Pierre Raffarin, lui-même élu de la Vienne qui accueille le Futuroscope.

Autre point de friction, la fin de l’exonération fiscale sur les plus-values immobilières effectuées sur la revente des résidences secondaires ou locative après 15 ans. Le lobby des agents immobiliers râle, et trouve facilement un écho du côté des nombreux députés concernés. La mesure, qui devait à l’origine être appliquée dès le 25 août, est repoussée au 1er février. Elle est aussi sérieusement allégée. L’exonération totale est maintenue mais après 30 ans, il ya en outre 2% d'abattement sur la plus-value entre 5 et 15 ans, 3% entre 15 et 25 ans et enfin 10% les cinq dernières années.

Optimiste, François Fillon a annoncé ce mardi : "Un accord a été trouvé sur tous les points, qui me convient parfaitement. " Avant d’insister : "Je demande que chacun assume cet accord". Le vote devrait avoir lieu mercredi après midi.

 

 


 

La crise sous le krach


La semaine noire traversée par les Bourses illustre la gravité et la permanence d’une crise, celle du capitalisme mondialisé et financiarisé. Point d’issue à cela sans réformes radicales.

L’accélération de la chute des marchés financiers en cette fin de semaine illustre le caractère inédit et la gravité de la crise financière entamée en 2007 et de la récession de 2009-début 2010.

Son caractère inédit ? Certes, le rythme des crises financières s’est accéléré ces dernières années mais celle-ci se distingue par sa violence, sa profondeur, son étendue – aucun continent n’est épargné. Elle présente en outre la particularité d’avoir nécessité une intervention publique sans précédent afin d’empêcher l’écroulement du système financier international. Malheureusement, l’injection de milliers de milliards de dollars, d’euros, de yens a été réalisée sans que des contreparties aient été exigées, en dehors de tous critères sociaux et environnementaux. Et c’est certainement cette absence de conditionnalité efficace, visant à assurer le développement de l’emploi, de la formation, de la recherche, des dépenses pour les hommes, qui explique que, contrairement aux sorties de crise habituelles, l’on n’assiste pas à une reprise franche et réelle de l’activité économique dans les grands pays capitalistes.

Sa gravité ? La crise a touché le cœur du système capitaliste mondialisé et financiarisé et affecté gravement toute l’économie mondiale, les conditions de vie de centaines de millions de personnes. L’Organisation internationale du travail (OIT), dans son rapport de 2011 évalue à 205 millions le nombre de chômeurs dans le monde en 2010, un niveau semblable à celui de 2009, en hausse de 27,6 millions sur 2007.

En outre, l’assistance apportée à un système bancaire défaillant, les aides aux grandes entreprises (General Motors aux Etats-Unis, Peugeot et Renault en France, …) mais aussi les déséquilibres budgétaires provoqués par la récession économique, l’aggravation du chômage et les difficultés des populations ont provoqué une envolée de l’endettement public auprès des marchés financiers.

Le refus des dirigeants du G7 de mettre en cause la toute puissance de ces marchés, leurs illusions sur les vertus des politiques d’austérité, font redouter un enfoncement de l’économie mondiale dans un marasme persistant, voire dans une nouvelle récession. Ce sont à la fois cette crainte, la crise de la zone euro et la méfiance à l’égard d’un secteur bancaire européen aux bilans lestés par un important portefeuille de titres de dettes des pays les plus en difficulté de cette zone, qui expliquent l’effondrement des marchés d’actions, désertés par des capitaux qui se réfugient auprès de valeurs jugées sûres : l’or et les obligations des Trésors publics américains et allemands.

Ces mouvements sont attisés la fois par la volonté des grands groupes allemands d’affirmer leur domination sur l’Europe du sud, les coups de butoir des fonds spéculatifs anglo-saxons qui misent sur une dislocation de la zone euro et la volonté de Washington, grâce à une politique monétaire très expansionniste de soutenir la croissance américaine aux dépens de celle de ses partenaires.

Cela souligne la responsabilité en France et en Europe, des mouvements sociaux et des forces progressistes. Jacques Delors affirme à juste titre : « l’Europe et l’euro sont au bord du gouffre », mais pour ne pas y tomber, encore faut-il rompre avec ce néolibéralisme qui colle encore à la peau d’une certaine gauche et lutter en faveur de réformes radicales mettant en cause le système capitaliste lui-même, permettant de sortir progressivement du cercle vicieux de la crise.

 

   

Analyse : vers une nouvelle phase de la crise ?


La conjonction d’une baisse de la croissance mondiale et d’une exacerbation de l’endettement explique l’instabilité actuelle des marchés financiers et accroît les risques d’un krach sur les titres de dette publique en Europe et aux Etats-Unis.

Les inquiétudes à l’égard de la croissance mondiale ont été sérieusement ravivées cette semaine à la suite de la publication de plusieurs indicateurs révélant un ralentissement économique mondial. La France n’est pas épargnée.

Vendredi 12 août, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) a annoncé une stagnation du produit intérieur brut (PIB) français au deuxième trimestre 2011. Ce zéro pointé de la croissance est dû principalement à un recul de la demande intérieure, c’est-à-dire de la consommation des ménages et de celle des administrations publiques. Cela confirme que les politiques de pression sur les salaires et l’emploi et de baisse de la dépense publique, loin de permettre un retour à l’équilibre de l’économie nationale, au contraire, étouffent l’activité en même temps qu’elles plongent les populations dans les difficultés.

Plusieurs autres pays européens sont également sur la pente descendante. La croissance en Espagne reste proche de zéro (+0,2 % au 2e trimestre) de même qu’en Italie (+ 0,3 %). La production industrielle est en baisse un peu partout au sein de l’Union européenne, même en Allemagne. On mesure les dangers dont est porteur le pacte Euro plus d’Angela Merckel et Nicolas Sarkozy qui prône une réduction drastique des dépenses publiques ainsi qu’une mise en cause des droits sociaux.

Lundi 8 août, déjà, une étude de l’Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE), l’organisme qui regroupe les principaux pays capitalistes développés, montrait que le climat de dégradation est général. Elle indiquait notamment que les indicateurs « pour le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni, le Brésil, la Chine et l’Inde continuent à pointer vers des ralentissements de l’activité économique » tandis que « des signaux plus forts d’inversion des cycles de croissance ont fait leur apparition aux Etats-Unis, au Japon et en Russie ».

Comment expliquer ce début de retournement moins de deux ans après la récession de 2009-2010 ? C’est là le résultat des mesures prises par les gouvernements des grands pays capitalistes pour faire face à la crise. La nécessité une intervention publique inédite n’est pas en cause. Ce qui pose problème, c’est sa nature. Elle a visé essentiellement à voler au secours du système financier et des grands groupes sans que des conditions soient posées permettant de réformer leur gestion et leurs finalités. Des milliers de milliards de dollars, d’euros, de yens ont été injectés sans garde-fous. Le redressement de la rentabilité qu’ils ont favorisé a été obtenu contre l’emploi, les salaires, l’investissement, les services publics, ce qui explique les difficultés actuelles de la croissance. Cela a également conduit à un gonflement sans précédent des dettes publiques et sociales.

C’est ce triptyque : croissance faible, endettement public fort et groupes privés disposant d’énormes liquidités, qui explique à la fois le krach boursier de ces derniers jours et la spéculation qui sévit particulièrement sur les dettes publiques de la zone euro. Ainsi, les groupes regroupés au sein du CAC 40 parisien disposent-ils de 170 milliards de trésorerie. A quoi les utilisent-ils sinon à spéculer ? En même temps, les fonds américains, qui bénéficient de la part de la banque centrale des Etats-Unis de conditions de financement idéales, jouent leur propre partition et sont au cœur des mouvements spéculatifs. Ils ne seraient guère désespérés si cela aboutissait à un éclatement de la zone euro.

Pourtant, les Etats-Unis ne sont pas eux-mêmes à l’abri même s’ils disposent de l’arme suprême : un dollar, clé de voute du système monétaire international, qu’ils peuvent émettre à volonté afin de payer leurs dettes, qu’ils peuvent faire baisser pour « voler » de la croissance aux autres pays. En même temps, ce jeu est très dangereux, y compris pour les Etats-Unis. L’envolée des dettes dans un contexte économique quasi déclinant attise les risques d’un krach sans précédent sur les titres de dettes publiques.

 

 


 

Entretien avec Dino Greco

« La Banque centrale se comporte d’une manière absolument inédite »


Directeur de Liberazione, le quotidien de Refondation communiste, et longtemps figure de la CGIL, la principale organisation syndicale du pays, Dino Greco décortique la manœuvre de la Banque centrale européenne (BCE) en Italie. Pour lui, le patronat italien profite de la faiblesse de Silvio Berlusconi, largement discrédité par les affaires, afin de continuer son travail de sape contre les derniers pans de l’Etat social.

Tournant décisif ou exercice banal ? Que pensez-vous de la lettre adressée par la Banque centrale européenne (BCE) au gouvernement italien ?

Dino Greco. Il n’y a aucun doute, la Banque centrale européenne (BCE) se comporte d’une manière absolument inédite. Ce qu’elle propose au gouvernement italien, ce n’est pas une indication politique générale, c’est un véritable kit de l’intervention qu’il faut faire : coupes dans l’Etat social, dans la protection sociale, dans la santé, attaque contre le statut du travailleur qui fixe les rapports sociaux fondamentaux, contre les garanties sur le marché du travail, contre les retraites… C’est un kit d’inspiration parfaitement libérale que nous pourrions rapprocher de la boucherie sociale déjà expérimentée en Grèce ! Et, au passage, signalons que ce que produit ce bouillon néo-libéral est tellement désastreux que cela devrait inciter à une plus grande prudence, vu qu’aucun d’entre nous ne peut garantir que la Grèce réussira à payer ses dettes avec un tel programme d’austérité !

Ce qui saute aux yeux, c’est que la technocratie financière prend le pouvoir ces jours-ci. La finance gouverne. Elle domine et dicte ses mesures inconditionnelles aux Etats, à la politique. Elle vampirise les biens communs. Elle impose son dogme libéral sans limite ni périmètre. C’est la donnée politique fondamentale de la période. Cela rencontre en Italie un contexte particulier, celui de la faiblesse extraordinaire du gouvernement italien. Le gouvernement italien est une clique corrompue. Je le dis, pas simplement comme observateur depuis ce journal et le mouvement politique qui l’édite, mais aussi comme citoyen. Le gouffre est vraiment très impressionnant : c’est l’hypocrisie, le cynisme, l’inconsistance politique qui caractérisent aujourd’hui les gouvernants du pays ! Je crois que, dans l’histoire de l’Italie, il faudrait remonter très, très loin en arrière pour retrouver une situation aussi catastrophique que celle que nous vivons aujourd’hui.

Le patronat et les milieux d’affaires applaudissent aujourd’hui l’intervention de la BCE et fustigent la « faiblesse » de Berlusconi. Que signifie cette confrontation interne ?

Dino Greco. Au sein des puissances financières comme la Confindustria (le patronat italien, NDLR), il y a une grande agitation actuellement : il s’agit pour eux de se débarrasser de Berlusconi et sa cour. Mais en matière d’alternative, c’est une tromperie : à ce personnage, ils envisagent de substituer une alternative libérale. Et ce qu’ils cherchent à faire, c’est de reprendre la balle au bond pour démanteler tout ce qui reste de l’Etat social en Italie. Ils veulent mettre les mains sur les derniers pans de protection des salariés qui existent dans ce pays. Ils n’ont jamais digéré le statut des travailleurs qui garantit dans les entreprises un certain nombre de droits… Ils cherchent à imposer la flexibilité, déjà obtenue sur le marché du travail à travers 48 contrats de travail atypiques – on entre dans une entreprise en passant sous ces fourches caudines, pratiquement à genoux -, jusqu’à la liberté de licencier sans aucune obligation du côté de l’employeur. Il cherche à faire ce que Sergio Marchionne fait dans les plus grandes usines d’Italie, celles de la Fiat… C’est une opération qui utilise la crise pour transférer la facture aux travailleurs, aux citoyens qui la payent déjà durement.

Qui gouverne aujourd’hui en Italie ?

Dino Greco. On parle beaucoup ces jours-ci, et de manière très hypocrite, d’un « gouvernement de solidarité nationale ». Des noms circulent pour le diriger. Il pourrait s’agir de Mario Monti, l’ex commissaire européen au marché intérieur, plutôt que Luca Cordero di Montezemolo, l’ancien patron des patrons et dirigeant de Ferrari… Mais quoi qu’il en soit, ce « gouvernement de solidarité nationale » entreprendrait exactement les recettes demandées par la BCE, c’est-à-dire le parfait catalogue néo-libéral. On parle aujourd’hui de l’allongement de l’âge du départ à la retraite – toutes les pensions à partir de 65 ans -, de l’augmentation des impôts indirects comme la TVA qui sont, comme vous savez, les impôts les plus injustes, des réductions des transferts budgétaires aux collectivités territoriales – ce qui signifie une attaque contre les services publics et la protection sociale…

Ceux qui, dans les milieux d’affaires, envisagent de remplacer Berlusconi n’ont absolument pas l’intention d’adopter des mesures pourtant très utiles comme, par exemple, s’attaquer à l’évasion fiscale (plus de 230 milliards d’euros envolés chaque année) ou instituer une taxe sur le patrimoine – il suffirait une taxe de 0,1% sur les patrimoines de plus d’un million d’euros pour encaisser plus de 15 milliards d’euros. Comme ils ne le feront pas évidemment, notre problème aujourd’hui, c’est donc de promouvoir, de produire un changement radical ! Et pour le faire, il faudra que toutes les forces descendent sur le terrain. Hélas, nous avons aujourd’hui un syndicalisme dramatiquement défaillant. Il faudrait un conflit plus âpre. La plus grande des centrales syndicales, celle qui a été visée en permanence par Berlusconi ces dernières années, se maintient dans un attentisme absolu, elle est incapable d’envisager des actions efficaces.

Vous faites référence à la CGIL ?

Dino Greco. Oui. Ce qui me surprend du côté de la CGIL, je le dis non sans amertume, c’est l’absence d’une position propre dans cette situation. Elle s’est enfermée dans un scénario où elle s’appuie sur les propositions présentées par le patronat italien.

Dans ce contexte un peu morose, comment la gauche, qui semble toujours aussi fragmentée, peut-elle porter une alternative ?

Dino Greco. Il faut avoir une proposition et la faire vivre dans les rapports de masse. C’est sûr que nos forces ont été marginalisées, qu’elles sont encore limitées et secouées par des scissions qui n’ont pas aidé à renforcer la gauche en Italie. Mais il existe aussi des mouvements importants qui ont réussi ces derniers mois à se rencontrer, je pense aux précaires, aux étudiants, aux travailleurs qui, avec la FIOM-CGIL, le syndicat des métallurgistes, ont eu des mobilisations très fortes, aux militants du mouvement pour les biens communs qui, en remportant de manière écrasante les référendums sur le nucléaire et sur l’eau, ont marqué les esprits. Tout ceci démontre à mes yeux qu’il y a dans la société plus de raison, plus de sens des réalités, plus de conscience qu’on ne peut plus continuer sur ce chemin délétère qu’il n’y en a dans le champ de la représentation politique, même au centre-gauche évidemment. Ce que nous pouvons faire avec nos forces qui ne sont pas extraordinaires, c’est produire de la contre-information comme journal et de partager avec les citoyens la certitude qu’il est possible de faire autrement, que ce n’est pas velléitaire, que ce n’est pas l’expression d’une pensée idéologique en dehors de la réalité. Il y a des alternatives possibles. Bien sûr, ceux qui ont le pouvoir aujourd’hui ont naturellement aussi la possibilité de dicter l’agenda, mais j’ai l’impression qu’en septembre, quand on devra commencer à présenter les comptes et tirer le bilan de cette nouvelle accélération libérale si cruelle, la reprise des luttes sociales sera absolument nécessaire. Je ne voudrais pas conclure par un slogan, mais tout de même : à une recette à la grecque, il faut une riposte à la grecque !

 

le 9 Août 2011

 

Crise. Le fil du jour : une économie monde en danger


Les propos des dirigeants des grands pays et les interventions de la BCE ne suffisent pas. Le capitalisme est malade.

« Nous, ministres des Finances et gouverneurs des banques centrales des pays du G20, affirmons notre engagement à prendre toutes les initiatives nécessaires de manière coordonnée pour soutenir la stabilité financière et promouvoir une croissance économique plus forte dans un esprit de coopération et de confiance. » Il leur avait fallu un week-end pour aboutir à ces propos qui devaient à tout prix désamorcer la bombe avant l’ouverture des Bourses hier matin. Peine perdue, dans la matinée, l’OCDE citant le Canada, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni, le Brésil, la Chine et l’Inde avertit que les principales économies mondiales montrent de nouveaux signes de ralentissement. La Banque de France annonçait de son côté une croissance de 0,2 % de l’économie française pour le troisième trimestre. Un chiffre égal à celui du trimestre précédent qui jette un doute sur l’objectif des 2 % poursuivi par Bercy.

Il fallait à la BCE annoncer qu’elle allait « intervenir de manière active » sur le marché des obligations : en clair qu’elle allait racheter de la dette de l’Italie et de l’Espagne, comme elle l’avait fait pour les dettes de la Grèce, de l’Irlande et du Portugal. Le niveau de cette intervention ne sera connu que lundi prochain mais la banque écossaise RBS s’attendait à « un rachat quotidien de 2,5 milliards d’euros ». La BCE souhaite que le fonds de secours européen prenne rapidement le relais, ce à quoi s’étaient engagés dimanche Nicolas Sarkozy et Angela Merkel. Mais si, lundi matin, le ministre français de l’Économie François Baroin déclarait que « l’enveloppe est établie à 440 milliards et s’il faut aller plus loin, nous irons plus loin », un porte-parole du gouvernement allemand répondait que « le 21 juillet, il a été décidé que le FESF reste comme il est et qu’il garde le montant qu’il avait avant cette date ». C’est ainsi que les Bourses européennes, qui semblaient se tenir à l’ouverture, ont finalement piqué du nez en milieu de journée, dans l’attente de l’ouverture de New York. Et, en fin d’après-midi, alors que le Dow Jones chutait de 2,68 %, Francfort annonçait – 5,02 %, Londres – 3,39 %. Et à Paris le CAC 40 enregistrait une baisse de 4,68 %.

 

Le PCF dénonce les plein-pouvoirs donnés à la BCE

 

Face à l'ampleur de la crise financière et la soumissions des gouvernants, force est de constater qu'en Europe, la réalité du pouvoir est exercée par les banques et les spéculateurs.

Fini les simulacres de G20, les sommets européens tous plus laborieux les uns que les autres.

C'est maintenant Jean-Claude Trichet, le seigneur et maître de la Banque centrale européenne, qui distribue leur lettre de créance aux États de la zone Euro. Les Italiens et Espagnols en savent quelque chose, eux qui viennent d'être soumis, en « secret », au chantage du rachat de leur dette par la BCE contre l'engagement d'une politique renforcée d'austérité.

Jean-Pierre Jouyet, président de l'Autorité des marchés financiers, avoue ce matin qu'il « va falloir s'habituer aux règles fixées par la BCE ».

 

Ce coup de force opéré en plein cœur de l'été spolie la souveraineté de 400 millions de citoyens européens.

Le PCF dénonce les plein-pouvoirs accordés à la BCE. Les principaux responsables de ce détournement démocratique et ceux qui le laissent faire, devront en rendre compte.

Le PCF avec le Front de gauche et ses partenaires seront de la bataille pour empêcher d'inscrire dans notre constitution la politique ultra-libérale que les marchés financiers imposent aux peuples, et pour chasser du pouvoir Sarkozy et les siens en 2012.

L'urgence, face à la crise, est une politique offensive de relance économique et sociale au service du pays et non des spéculateurs : taxer les flux financiers, reprendre le pouvoir sur les banques et reconstruire le pouvoir démocratique.

 

 


Nasser Mansouri-Guilani « Derrière la dette, les mauvais choix de

politiques économiques des États »


Nasser Mansouri-Guilani, économiste de la CGT, s’insurge contre la domination des marchés qui provoque la hausse du chômage et nuit à la croissance.

Quelle conséquence aura la dégradation de la note américaine en Europe et en France ?

Nasser Mansouri-Guilani. Sans dédouaner les États et leur responsabilité dans cette crise, peut-on faire confiance aux agences de notation, en l’occurrence Standard & Poor’s, au regard de leurs erreurs du passé ? Peut-être y a-t-il derrière cette annonce une opération qui vise à envenimer la panique pour renforcer la position des marchés financiers. En montrant que même la première économie mondiale risque la faillite, ces agences, qui travaillent pour les spéculateurs et les financiers, veulent obliger les gouvernements à respecter ou à mettre en place les programmes d’austérité et à préparer les esprits à la fatalité et aux sacrifices au nom de la stabilité.

La dette est-elle devenue ingérable ?

Nasser Mansouri-Guilani. Les dettes américaine et européenne ont fortement augmenté après la crise de 2008, en liaison avec les plans de sauvetage des banques et du système financier. Les mauvais choix des politiques économiques ont conduit à déséquilibrer encore plus les finances publiques. En France, la poursuite de la réduction des prélèvements sur le capital et le maintien des niches fiscales et sociales ont amené le gouvernement à résoudre l’équation en diminuant les dépenses publiques utiles ou les salaires des fonctionnaires. Le cas grec est pourtant très éclairant. Le plan d’austérité a réduit le taux d’activité économique du pays. La dette a augmenté le bonheur des marchés financiers, détenteurs des dettes souveraines, qui ont pu développer la spéculation sur le marché obligataire. L’approche libérale conçoit par définition l’endettement public comme mauvais. Mais la dette peut aussi être liée aux investissements qui permettent de créer des richesses bien supérieures au coût de l’endettement sur le long terme. Tout dépend donc de la nature de l’endettement. Il ne faut pas oublier que plus l’endettement est élevé, plus les charges d’intérêt le sont aussi. Il faut donc bien distinguer le bon et le mauvais endettement.

Qu’entendez-vous par « bon » endettement public ?

Nasser-Mansouri-Guilani. L’exemple le plus classique est celui des infrastructures. Pour les construire, nous pouvons emprunter, mais alors il s’agit d’un investissement qui permet de créer plus d’emplois, d’augmenter le revenu national. Cette hausse du revenu national va permettre d’engranger plus d’impôts et de dégager des ressources supplémentaires qui permettront de rembourser la dette tout en renforçant le potentiel productif du pays. Autre exemple, l’un des atouts de la France réside dans sa main-d’œuvre qualifiée. Le choix de diminuer les dépenses dans l’éducation nationale affaiblit le potentiel productif du pays à moyen et long terme. Le vrai enjeu consiste à être au rendez-vous du déficit sans l’être au détriment des salariés, des populations et du potentiel productif du pays. Il est nécessaire de créer les conditions pour que l’économie soit plus prospère par la hausse des salaires, par l’emploi qualifié et stable, etc. Il faut aussi augmenter l’impôt des plus riches, sur le capital, taxer les transactions financières. Il faut enfin supprimer les niches sociales et fiscales inutiles.

Ce risque de domination 
des marchés financiers encore 
plus forte ne demande-t-il pas 
des actions soutenues des salariés, en France et en Europe ?

Nasser Mansouri-Guilani. Les peuples sont opposés à ces programmes d’austérité, d’ailleurs le mouvement des Indignés en Europe en témoigne. Mais il ne suffit pas de s’indigner, il faut être porteur d’un changement, d’un projet alternatif. La CGT et plus globalement les syndicats doivent profiter de ces conditions pour inverser le rapport de forces et le rendre plus favorable aux travailleurs, dans l’espace européen, voire au-delà. Les organisations syndicales travaillent autour de toutes ces exigences : hausse des salaires, emplois qualifiés et stables, promotion des investissements productifs, ou encore taxe sur les transactions financières. Il y a également nécessité à sortir de ces schémas de concurrence et de compétitivité et à aller vers plus de solidarité. À l’inverse de ce fonds de stabilité financière qui ne répond qu’aux attentes des marchés financiers, il faudrait un véritable fonds de solidarité avec un autre contenu permettant un développement humain durable. Il y a encore besoin de débats afin de mobiliser les salariés autour de ces exigences. C’est à quoi travaille la CGT pour organiser une journée de mobilisation à la rentrée.

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