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« C’est par des informations étendues et exactes que nous voudrions donner à toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger elles-mêmes les événements du monde. »

Jean JAURES

 

Ne rien lâcher

La séquence électorale du printemps 2012 entre maintenant dans une nouvelle étape. Après avoir mis fin à l’expérience sarkozyste, à cinq années qui parurent souvent plus longues qu’un siècle, le peuple a devant lui une nouvelle tâche : remettre la représentation nationale aux normes de ses espérances, poursuivre à l’égard du Palais Bourbon le travail de salut public qu’il a entamé en ne renouvelant pas le bail 
du locataire de l’Élysée. À mi-parcours, le monde 
du travail, les jeunes en quête d’avenir moins déprimant que celui promis par les chantres de la précarité, les familles stigmatisées honteusement en raison de leur situation sociale ou de leurs origines géographiques – la majorité de la France, en fait – ont remporté une première manche. Qui n’a pas constaté l’immense soulagement que la victoire de François Hollande sur Nicolas Sarkozy a provoqué dans nos cités ? Les dernières semaines de la campagne de la droite, orchestrée par le « politidéologue » d’extrême droite Patrick Buisson, avaient pollué l’atmosphère du venin de la division 
et de l’intolérance, jusqu’à la rendre irrespirable.

Cette victoire n’aurait pas été possible – les résultats du second tour l’attestent irréfutablement – sans les quatre millions d’électrices et d’électeurs qui se sont reconnus, 
au premier tour, dans 
le nouveau langage 
et les propositions politiques qui ont émergé dans la campagne grâce au Front de gauche. Si on respire mieux aujourd’hui, on le doit pour une part décisive aux plus de 11 % de voix qui se sont portées sur Jean-Luc Mélenchon puis se sont reportées, sans rien en rabattre sur leurs exigences élevées de changement, sur François Hollande, qui avait recueilli 28 % le 22 avril.

La contribution irremplaçable du Front de gauche à la défaite de la droite ne s’exprime pas, loin s’en faut, qu’en termes arithmétiques. Elle a pris une forme concrète en imposant dans le débat des thèmes et des propositions qui auraient été occultés, voire totalement absents des échanges entre le candidat de l’UMP et celui du Parti socialiste. La proposition de porter le Smic à 1 700 euros avait été portée par le Front de gauche, alors que François Hollande n’évoquait aucune augmentation du salaire minimum. Le président élu s’apprête aujourd’hui à accorder « un coup de pouce ». Jean-Luc Mélenchon propose une hiérarchie des salaires n’excédant pas un à vingt dans toutes les entreprises. La mesure devrait être mise en œuvre dans les sociétés du secteur public, énonce aujourd’hui le programme du président ; un premier pas dont il serait incompréhensible qu’il ne fût pas étendu aux stars du CAC 40. Hier matin, au micro de France Inter, Michel Sapin, cheville ouvrière du projet présidentiel, évoquait un système de sanctions qui rendrait « extrêmement onéreux » le recours 
aux licenciements boursiers, en écho au projet du Front de gauche de les interdire.

La dégradation de la situation économique et sociale dans un pays affaibli par cinq années de sarkozysme et la crise que provoquent dans toute l’Europe les plans d’austérité ne laisseront aucun répit 
au nouveau président et à la majorité qui sortira 
des élections législatives des 10 et 17 juin. C’est peu dire que les enjeux d’aujourd’hui réclament une majorité 
de gauche large et déterminée, fidèle au monde du travail, en d’autres termes, où les député-e-s du Front de gauche pèseront d’un poids déterminant pour ne rien lâcher 
de ses engagements.

Si on respire mieux aujourd’hui, on le doit pour une part décisive aux plus 
de 11 % de voix 
du Front de gauche qui se sont reportées sur François Hollande.

 

Le soulagement, le défi et l’espérance

Dimanche 6 mai à 20 heures, une majorité de Français ont lâché un ouf ! de soulagement.  Ni les diversions ni les compromissions n’ont changé la donne au second tour. La « vague » que sentait Nicolas Sarkozy n’était pas de celle qu’on apprivoise en surfant sur les haines mais d’une force à balayer les pouvoirs en place. Le résultat de cette élection présidentielle est d’abord la sanction d’une politique ultralibérale, antisociale et autoritaire, d’une complicité proclamée entre l’oligarchie et l’Élysée. Le président des riches a entrepris de mettre le pays à leur service, en jugeant que la crise créait un état de choc propice à briser les résistances, exalter les craintes et remettre au goût du jour les idéologies les plus réactionnaires. Pour cela, il avait recruté quelques idéologues dans la mouvance d’extrême droite et donné le sens de sa campagne dans un entretien au Figaro Magazine à la mi-février. À reprendre en boucle les thématiques du FN, il leur a donné un crédit qui a au contraire renforcé le vote Le Pen au premier tour et qui n’a pas rassemblé suffisamment au second. Le président sorti laisse à droite un paysage inquiétant où une partie de ses troupes a parié sur un concubinage, voire un mariage avec l’extrême droite.

La victoire de François Hollande est un non net et sans bavure à cinq ans de sarkozysme. Elle est aussi l’indice d’une puissante aspiration au changement, à un autre partage des richesses, à l’égalité qui déborde bien au-delà des rangs des électeurs du Front de gauche. Les uns et les autres ont désormais la possibilité d’agir efficacement pour échapper à l’austérité que le tandem Sarkozy-Merkel entendait imposer à l’Europe et pour pousser le nouveau gouvernement à adopter les mesures de justice que réclament les urgences sociales. Un nouveau rapport de forces se dégage du suffrage universel et du score large recueilli par le candidat de gauche qui affaiblit les maîtres des marchés financiers. Une brèche s’entrouvre dans le mur de l’argent.

Si la formidable campagne du Front de gauche trouve des prolongements dans l’élection de nombreux députés lors des législatives de juin, il sera possible de résister aux offensives de la droite et fortifier un mouvement populaire qui devra se faire entendre puissamment. Ainsi ferons-nous peser la balance en faveur d’une politique franchement à gauche. Les Français ne seront pas isolés en Europe. Les élections grecques ont vu hier la gauche combative faire un véritable bond en avant, devenant la deuxième force du pays. D’autres élections suivront...

Pour les électeurs de gauche, la soirée d’hier était celle d’une fête populaire, d’une joie de voir le pays repousser les discours xénophobes et les sorties aux relents pétainistes qui avaient marqué la campagne de Nicolas Sarkozy, particulièrement dans l’entre-deux-tours. Mais elle était aussi le théâtre où s’exprimait une espérance qui ne doit pas être déçue ou fourvoyée. L’histoire doit perdre «les semelles de plomb» dont les milieux dirigeants l’avaient affublé ces dernières années. «Pas de faiblesse, pas d’équivoque, pas de paresse intellectuelle», enjoignait Jean Jaurès. C’est un défi qu’il est impératif de relever.

 

Une victoire qui ouvre un nouvel espoir en France et en Europe

En élisant aujourd'hui 6 mai, François Hollande président de la République, le peuple de France s'est libéré d'un pouvoir qui l'a méprisé et agressé pendant 5 ans. Je veux dire la joie des communistes qui ont combattu sans relâche Nicolas Sarkozy et sa politique et qui ont œuvré de toutes leurs forces à cette victoire.

Je veux féliciter François Hollande pour son élection. Les femmes et les hommes qui se sont rassemblés sur sa candidature pour infliger à Nicolas Sarkozy la défaite qu'il méritait ont ouvert un nouvel espoir en France, et en Europe.

Je veux remercier les millions d'électrices et d'électeurs du Front de gauche qui ont apporté une contribution décisive à ce résultat. Sans la campagne mobilisatrice menée par le Parti communiste français et ses partenaires du Front de gauche avec leur candidat commun, Jean-Luc Mélenchon, sans les propositions de notre programme, L'Humain d'abord, sans notre engagement déterminé entre les deux tours, la victoire n'aurait pas été possible. Elle ouvre un nouveau chapitre pour notre pays.

François Hollande est le premier président élu par les électrices et les électeurs de gauche depuis 24 ans.

Il était indispensable de mettre un terme à une présidence au service des privilégiés, prenant systématiquement pour cible le monde du travail, ses droits sociaux et démocratiques, les libertés démocratiques.

Il était indispensable que le co-auteur, avec Angela Merkel, d'un traité européen promettant l'austérité à perpétuité aux peuples et les plein-pouvoirs au capitalisme financier, soit désavoué par son propre peuple.

À tous les peuples d'Europe qui attendaient ce signe de la France, je dis : ensemble, il redevient possible de faire reculer la dictature financière qui nous menace tous ; ensemble, nous pouvons relancer le combat pour une Europe démocratique, une Europe de justice sociale, de développement solidaire et écologique.

Oui, ce 6 mai 2012, nous avons remporté une première bataille capitale. Un président de gauche siège à l'Élysée. La gauche doit sans tarder répondre aux urgences sociales qui n'attendront pas. Des mesures immédiates pour les salaires, pour la relance du pouvoir d'achat, pour la lutte contre le chômage et la renégociation d'un traité européen doivent être prises.

S'ouvre dans le même temps une nouvelle bataille, celle des élections législatives dont va maintenant dépendre la possibilité de maintenir grande ouverte la porte du changement.

Il faut maintenant élire à l'Assemblée nationale une majorité de gauche qui soit à la hauteur de la situation et compte pour cela en son sein les députés prêts à voter les lois sociales et démocratiques sans lesquelles le changement ne sera rien.

Il faut de très nombreux députés qui n'aient pas une seconde d'hésitation pour abroger les lois scélérates du quinquennat Sarkozy et des dix années de droite au pouvoir.

Il faut de très nombreux députés pour reprendre le pouvoir sur le secteur bancaire et financier, pour mettre en place un pôle public de la banque et du crédit.

Il faut de très nombreux députés favorables au relèvement significatif du SMIC et des salaires, décidés à engager le retour de la retraite à 60 ans à taux plein pour tous, à interdire les licenciements boursiers, à relancer l'emploi industriel et les services publics.

Il faut de très nombreux députés qui aient le courage de soumettre au vote des droits nouveaux pour les salariés du public comme du privé, pour les travailleurs indépendants à l'avenir précaire, pour les jeunes qui méritent mieux que l'apprentissage à vie, pour les femmes dont les salaires sont toujours largement en deçà de ceux de leurs collègues masculins.

Les menaces de la droite et de l'extrême droite pour empêcher ces changements ne sont pas mortes avec la défaite de Nicolas Sarkozy. Leurs candidats aux élections législatives doivent être partout battus, et il faut barrer la route à l'entrée du FN à l'Assemblée nationale. Partout où elle a eu cette possibilité en Europe, l'extrême droite a aggravé les reculs sociaux. Il n'en sera pas ainsi en France, le PCF et ses partenaires du Front de gauche s'y engagent.

Ce soir, j'appelle les candidates et candidats du Front de gauche aux élections législatives à repartir partout au combat pour rassembler autour de ces objectifs l'ensemble des électrices et des électeurs qui ont permis la victoire à l'élection présidentielle.
J'appelle l'ensemble de ces électrices et électeurs, pour garantir le changement, à mettre les candidats du Front de gauche en tête de la gauche dans le maximum de circonscriptions, le 10 juin, et à en élire ensuite le plus grand nombre, le 17 juin prochain.


Pierre Laurent
Secrétaire national du Parti communiste français 


 

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